Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, préoccupé par les combats près de Tripoli, s’inquiète de l’armement entrant en Libye, pays soumis depuis 2011 à un embargo sur les armes, dans un rapport obtenu lundi par l’AFP. «Je suis profondément préoccupé par les opérations militaires actuelles en Libye qui seraient alimentées par des transferts d’armes dans le pays, y compris via la mer», écrit-il dans ce document portant sur la mission européenne Sophia. Autorisée depuis 2016 par l’ONU, cette mission autorise l’inspection de navires au large de la Libye. Trois inspections de navires par des Européens ont été menées en septembre, novembre et janvier mais aucune arme n’a été trouvée, précise le rapport qui vient d’être remis au Conseil de sécurité. Dans une déclaration lundi à Bruxelles, les Européens insistent sur «l’engagement à respecter l’embargo sur les ventes d’armes» à la Libye. Si Sophia a été prolongée jusqu’au 30 septembre, ses moyens navals ont toutefois été retirés en mars après un refus de l’Italie d’accepter des débarquements de migrants par ces navires dont le deuxième objectif était de lutter contre les réseaux de passeurs. Selon le document de l’ONU, les autorités portuaires et les douanes libyennes ont saisi en février à Misrata des véhicules blindés et des armes en janvier à Khoms. En dépit d’appels à un cessez-le-feu, le maréchal Khalifa Haftar, soutenu notamment par l’Egypte, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, poursuit son offensive déclenchée le 4 avril pour s’emparer de Tripoli. Celle-ci est à ce jour bloquée par les combattants du gouvernement de Fayez al-Sarraj appuyé par la Turquie et le Qatar. Dans un rapport récent, le Comité des experts de l’ONU chargé de contrôler l’embargo sur les armes indique enquêter sur l’implication d’une «troisième partie», possiblement les Emirats arabes unis, dans le lancement en avril de missiles sur des unités fidèles à Tripoli.
L’offensive de Haftar : une menace pour la sécurité internationale
L’Union européenne a condamné lundi l’offensive menée par les forces du maréchal Khalifa Haftar contre Tripoli, la qualifiant de menace pour la sécurité internationale, et a appelé à un cessez-le-feu immédiat en Libye. «L’attaque militaire de la LNA (l’Armée nationale libyenne) contre Tripoli et l’escalade qui s’en est suivie à l’intérieur et autour de la capitale constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales et menacent davantage la stabilité de la Libye», ont averti les ministres des Affaires étrangères de l’UE dans une déclaration commune. «L’UE appelle toutes les parties à mettre en œuvre immédiatement un cessez-le-feu et à coopérer avec les Nations unies pour assurer une cessation complète et globale des hostilités», ajoute la déclaration. «La priorité est un cessez-le feu immédiat», a insisté le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. «Les attaques aveugles contre des zones résidentielles densément peuplées peuvent constituer des crimes de guerre et ceux qui violent le droit international humanitaire doivent rendre des comptes», ont averti les Européens. La déclaration commune insiste sur «l’engagement à respecter l’embargo sur les ventes d’armes» à la Libye. Mais pour faire respecter cet embargo, les Européens devraient décider de renvoyer des navires de guerre en Méditerranée pour permettre à l’opération militaire Sophia de mener cette mission. Le mandat de l’opération a été prolongé jusqu’au 30 septembre, mais les moyens navals ont été retirés.n