Entre le MSP et le FJD, c’est la guerre des déclarations sur fond d’accusations. En effet, le passage avant-hier du chef du Mouvement de la société pour la paix (MSP) au Forum d’El Moudjahid n’a pas été sans conséquence sur les relations du parti avec celui d’Abdallah Djaballah. Les propos tenus à cette occasion par le président du MSP ont été accompagnés par une succession de déclarations et contre-déclarations de la part des responsables des deux partis dans ce qui peut, désormais, constituer une querelle entre frères d’un même courant politique. Objet de la discorde, la rencontre du chef du MSP avec le frère et conseiller de l’ancien président de la République dans l’optique de faire adhérer les partis de l’opposition à l’idée du report de l’élection présidentielle 2019, dont la date n’était pas encore fixée pour le 18 avril. «L’initiative du consensus national était publique et devait être discutée entre le pouvoir et l’opposition. Nous nous sommes donc adressés au pouvoir, représenté par la Présidence de la République. La Présidence a délégué Saïd Bouteflika en sa qualité de conseiller du Président», a expliqué Makri. Et d’ajouter, à propos des missions officielles de Saïd Bouteflika, que «personne ne peut dire que cette fonction n’est pas politique ou n’est pas une fonction de souveraineté». Il a expliqué, par la même occasion, les conditions qu’il avait posées à son interlocuteur, dont notamment celle d’informer l’institution militaire. «Nous étions dans une institution de l’Etat protégée par l’institution militaire. Dans les discussions, nos conditions étaient claires : que l’ANP soit informée de ce qui se passait. J’ai même exigé de Saïd Bouteflika de rencontrer Gaïd Salah pour que je l’entende dire de vive voix s’il était d’accord pour cette initiative», a révélé M. Makri. Le MSP «voulait rencontrer l’institution militaire à travers la présidence pour que les choses se fassent légalement et dans la transparence», a indiqué l’invité d’El Moudjahid. Makri a souligné avoir demandé à son interlocuteur de la Présidence à ce que rien ne soit entrepris sans l’accord des autres partis de l’opposition. «Quand on a vu qu’il y avait une certaine acceptation, nous sommes allés voir l’opposition, dont Benflis, Tabbou, Djaballah, Benbaibèche, Mohcine Belabbès. Je les ai vus aux sièges de leurs partis respectifs et je les ai informés de la teneur des discussions que nous avions eues avec la Présidence», a indiqué Makri. Il a plaidé, alors, l’existence d’une «opportunité» pour une transition, invitant ses hôtes à se mettre d’accord sur un chef de gouvernement consensuel. Les révélations de Makri n’ont pas tardé à faire réagir le FJD. Selon le député Lakhdar Benkhellaf, le leader du FJD, Abdallah Djaballah, a suggéré à Makri -reçu après sa rencontre avec Saïd Bouteflika- de ne pas jouer le rôle de «sous-traitant» ou de «relais» d’une initiative émanant du frère du Président, qui était encore en poste. Djaballah a signifié alors à Makri son rejet de l’initiative, considérée comme «non-constitutionnelle». La réaction de Benkhellaf n’a pas laissé de marbre son collègue au Parlement sous les couleurs du MSP, Nacer Hamdadouche, qui a essayé, sur son compte Facebook, de recadrer le débat ou plutôt la polémique. Et à M. Hamdadouche de reprocher, à son tour, au FJD «ses rencontres secrètes avec les forces extraconstitutionnelles, avec le chef de «l’Etat profond», avec l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal, voire même avec un représentant de Bedoui, dans le sillage de la formation de son gouvernement…». Les précisions apportées, hier, par Benkhellaf n’ont pas été non plus du goût du MSP, qui a réagi à travers un communiqué signé par Abdelaali Hassani Cherif, responsable au sein du parti. Pour le MSP, les déclarations du député du FJD «attestent plutôt de la transparence» de sa démarche. Il a réfuté, cependant, l’affirmation de Benkhellaf selon laquelle «Makri a déclaré au Forum d’El Moudjahid avoir eu une rencontre avec Djaballah avant celle avec Saïd Bouteflika». Le MSP récuse également l’interprétation suggérée par le FJD selon laquelle «Makri endossait à l’opposition la responsabilité de l’échec de son initiative portant consensus national». Cet échange d’accusations marque ainsi une nouvelle séquence dans les rapports entre les deux formations islamistes qui, en dépit de leurs points communs, entretiennent plus d’un facteur de divergence et de désaccord…n