L’ancien ministre de la Défense nationale Khaled Nezzar a été entendu, hier, par le Procureur militaire près le Tribunal militaire de Blida. Le général Nezzar a été convoqué pour apporter son témoignage dans l’affaire des accusés Louisa Hanoune, les généraux Mohamed Mediene (dit Toufik) et Bachir Tartag, ex-patrons des services de renseignements, et Saïd Bouteflika, ex-conseiller à la présidence de la République.

Ces derniers sont accusés de complot contre le commandement militaire et l’Etat et placés sous mandat de dépôt par la même juridiction depuis quelques jours. La convocation de Khaled Nezzar en rapport avec cette affaire est suscitée par le témoignage de l’ancien général où il a révélé la teneur de ses discussions avec Saïd Bouteflika. Le site Algérie-Patriotique, qui a relayé les déclarations de Khaled Nezzar, a rapporté que Nezzar a avoué qu’il n’a rencontré Saïd Bouteflika qu’à deux reprises. « Je n’ai jamais rencontré Saïd Bouteflika, l’hologramme du Président, excepté brièvement une fois au cimetière de Ben Aknoun, lors de l’enterrement du général Boustila. La discussion, en aparté, avait porté sur la procédure ouverte contre moi par les juges suisses. Tant que j’étais le seul concerné dans cette affaire, j’ai fait face depuis maintenant plus de huit ans. Du moment que les choses prenaient une autre tournure et touchaient l’ensemble de la hiérarchie de l’ANP, avec des commissions rogatoires qui prétendent enquêter sur toute l’institution militaire, je devais en référer aux hautes autorités de l’Etat. J’ai demandé à Saïd Bouteflika, au cours de cette rencontre au cimetière, de remettre une lettre au président de la République pour l’informer du glissement de la procédure », a-t-il témoigné. Il a ajouté que « le 7 mars 2019, j’ai reçu un appel émanant de lui par l’intermédiaire d’un ami. Il voulait me voir. Après quelques moments d’hésitation, j’ai décidé d’accepter. Nous nous sommes donc vus ». « L’homme était visiblement dans le désarroi. Il voulait connaître mon opinion sur ce qui se passait dans le pays et sur ce qu’il pouvait entreprendre pour faire face à la contestation populaire », a ajouté l’ancien général, précisant qu’il lui a dit qu’« étant donné que le peuple ne veut pas d’un cinquième mandat, qu’il veut aller à une deuxième République et qu’il rejette les membres de la classe politique, en charge actuellement de responsabilités, j’estime qu’il faut répondre à ses demandes. Je vous suggère d’étudier les deux propositions ». Ces deux propositions seront rejetées par Saïd Bouteflika, affirme Nezzar, soulignant que le frère du Président l’avait consulté sur la destitution du chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah. « Le 30 mars, vers 17 heures, nouvelle tentative du même Saïd Bouteflika pour me joindre, cette fois-ci au téléphone. Après m’être demandé s’il était encore utile de lui répondre, j’ai finalement décidé d’écouter ce qu’il avait à me dire. Au son de sa voix, j’ai compris qu’il était paniqué. Il me dit que le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP était en réunion avec des commandants des forces et qu’il pouvait agir contre Zéralda d’un instant à l’autre. Il voulait savoir s’il n’était pas temps de destituer le chef d’état-major », a raconté le général, soulignant qu’il l’a dissuadé d’y procéder au motif qu’il « serait responsable de la dislocation de l’armée en cette période critique ».<