On se souvient de la célèbre formule d’André Malraux : « Le cinéma est un art, et par ailleurs, c’est aussi une industrie. » Ces quelques chiffres montrent tout à la fois la vitalité du cinéma, son impact économique et l’importance que revêt une sélection à Cannes.

De notre correspondante Dominique Lorraine
Pour la sélection 2019, 1845 longs métrages ont été proposés à la sélection officielle. Le nombre de films soumis est sensiblement le même depuis cinq ans, après avoir considérablement augmenté lors des quinze dernières années.

Longs métrages
Le nombre de films soumis était de 1916 en 2018, alors qu’en 2010, il était seulement de 1665. Preuve de la bonne santé du cinéma mondial et mais aussi de la valeur ajoutée d’un film quand il est sélectionné à Cannes.
Ceux qui ont déjà concouru prennent plaisir à y revenir et à remettre leur titre en jeu : Pedro Almodovar (Douleur et Gloire), Quentin Tarantino (Once Upon a Time in… Hollywood), Ken Loach (Sorry We Missed You), Xavier Dolan (Mathias et Maxime), Terrence Malick (Une vie cachée) ou encore Jean-Pierre et Luc Dardenne (Le jeune Ahmed) sont en lice pour la Palme d’or pour succéder au japonais Hirokazu Kore-eda, lauréat en 2018 (Une affaire de famille).

Courts métrages
Réaliser un court métrage, c’est faire ses premiers pas au cinéma. C’est aussi un test qui permet aux producteurs de remarquer un futur talent. 4240 courts métrages ont été reçus et vus par le comité de sélection et… 11 ont été sélectionnés en 2019 ! Mais malgré la facilité de faire un court avec les caméras numériques et es téléphones portables, on remarque une baisse, puisqu’en 2016, 4991 courts métrages avaient postulés. La réalisatrice, productrice et scénariste néo-zélandaise Jane Campion, seule femme à avoir reçu la Palme d’or pour «La leçon de piano» (1993) avait fait ses débuts à Cannes en rempotant la Palme d’or du court métrage avec «Peel» (1982). Montré au Panorama du Cinéma de Constantine, l’année d’après. Un exemple stimulant si besoin était.

Premiers longs métrages
Entrer en compétition avec un premier film est un véritable honneur mais aussi un danger s’il est mal reçu par le public. En 2019, 8 premiers films font partie de la Sélection officielle contre 5 en 2014. Certains sont des habitués des sections parallèles. Par contre, Mati Diop et Ladj Ly arrivent sur la Croisette pour la première fois : «Atlantique» pour la réalisatrice franco-sénégalaise, chronique sur l’émigration vers l’Europe vue par des femmes dans une banlieue de Dakar et «Les Misérables» pour le second, l’histoire vraie d’une bavure policière en Seine-Saint-Denis. La Quinzaine des Réalisateurs est plus audacieuse avec pas moins de seize longs-métrages tournés par des réalisateurs qui feront leurs premiers pas à Cannes. Au total, la course pour la Caméra d’or (meilleur premier film toutes sections confondues) réunit 26 longs métrages venus de la sélection officielle, de la Semaine de la critique, de la quinzaine des Réalisateurs. Cette année, c’est Rithy Panh, réalisateur de documentaires sur la mémoire des victimes cambodgiennes, du régime de Pol Pot, qui dirigera un jury de quatre professionnels, parmi lesquels la réalisatrice Alice Diop.

Pays de production
39 pays sont représentés en production ou co-production en 2019 (longs et courts métrages), pour seulement 22 en 2015. Ces dernières années, on a pu constater l’émergence des pays d’Amérique Latine. «Bacurau» des réalisateurs brésiliens Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles est très attendu après le succès d’«Aquarius» en 2016. De même que «Vida Invisivel» de Karim Aïnouz, cinéaste brésilien, de père algérien. «Cannes reste le festival des metteurs en scène, de ceux qui essaient de réinventer le cinéma et d’explorer des formes nouvelles, mais aussi le festival de ceux qui sont du côté d’un certain classicisme », déclarait Thierry Frémaux après l’annonce d’une Sélection officielle. On verra à l’issue du festival de quel pays vient ce vent nouveau qui soudain peut révolutionner le cinéma.

Netfix
Aucun film produit par une plate-forme de vidéos en ligne n’a été accepté dans la sélection officielle, notamment l’américain Netfix, contrairement à la Mostra de Venise qui a vu le triomphe de «Roma» d’Alfonso Cuaron. Les exploitants de cinéma français sont vent debout contre cette sélection, arguant à juste titre qu’un film doit se voir en salle sur grand écran et non sur l’écran minuscule d’un téléphone portable. La Quinzaine des réalisateurs, qui ne subi pas la même pression, aura quand même franchi le Rubicon en sélectionnant «Wounds» du réalisateur britannico-iranien Babak Anvari, l’argumentant ainsi : «C’était un film sur lequel on était en négociations depuis des mois. On a eu nous-mêmes la nouvelle une dizaine de jours avant l’annonce de la programmation de la Quinzaine, que le film a été acquis par Netflix. Ils ont choisi de respecter les accords déjà en place entre nous et les réalisateurs et les producteurs et de permettre ainsi au film d’être projeté à Cannes. Il n’y avait aucune envie de notre part de polémiquer en invitant un film Netflix à Cannes. C’est le film qui nous intéressait et il se trouve qu’il a été acquis très tardivement par Netflix.» Pour compenser ce différent avec les Etats-Unis, la sélection officielle a misé sur d’autres valeurs américains : Quentin Tarantino, Terrence Malik et Jim Jarmusch (en compétition officielle), Sylvester Stallone qui sera sur la Croisette, pour une projection exceptionnelle des premières minutes de «Rambo V», Dexter Fleisher avec «Rocketman» (Hors Compétition), un biopic du chanteur Elton John, sans oublier la diffusion d’une version restaurée de «Shining» de Stanley Kubrick.

Cinéma de la plage
En parallèle des projections, rencontres et événements des différentes sélections qui se tiennent au Palais des Festivals, au Miramar ou au Théâtre Croisette, le Festival de Cannes se réinvente à la nuit tombée, transformant la plage Macé de la Croisette en salle de cinéma à ciel ouvert. En accès libre, ce rendez-vous cinéphile et festif ouvert au public et aux festivaliers, convoque des grands classiques, des films cultes ou récents. Quoi de plus romantique que le cinéma sous les étoiles !
On pourra y redécouvrir «Les 400 coups» de François Truffaut, 60 ans après son triomphe à Cannes, «Easy Rider» film mythique de Dennis Hopper avec Jack Nicholson, Dennis Hopper et Peter Fonda qui battent le bitume sur leurs grosses cylindrées au rythme rock de «Born to be wild». Mais aussi rendre hommage au cinéaste US John Singleton, récemment disparu, avec «Boyz’n the Hood», film sélectionné à Un certain regard en 1991, ce gangsta movie suit le quotidien de trois amis d’un ghetto de Los Angeles. Pour les amateurs de musique, ce sera l’occasion de réentendre «Les Doors» d’Oliver Stone sur la star du rock Jim Morrison et, à travers lui, l’histoire d’un des plus célèbres groupes de rock de tous les temps. Une restauration magnifique pour un film emblématique.
Et une nouveauté 2019, un karaoké géant sur grand écran, pour enflammer la Croisette. Ouvert à toutes et à tous pour chanter ensemble et saluer une dernière fois le 72e Festival de Cannes.n