En rappelant le rôle que devait tenir la Cour des comptes dans la lutte contre la corruption qui aura gangrené aussi bien l’économie nationale qu’un pan important des institutions de l’Etat, les magistrats montrent manifestement la voix de la plaidoirie pour un véritable travail de justice. Au-delà de cette bataille de prérogatives qu’auraient ou pas la Cour des comptes dans la lutte contre le phénomène de la corruption, les magistrats, qui se sont indignés suite aux propos du premier responsable de cette institution, reposent la lancinante question de l’appareil judiciaire et surtout son autonomie et son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Dans l’absolu, il y a manifestement un motif de satisfaction dès lors qu’une question aussi sensible que la justice et son rôle est abordée. Cela dénote de l’attachement qu’éprouvent les Algériens à cette institution. Ce n’est point étonnant, en vérité, si l’on mesure à sa juste valeur la forte implication et engagement des avocats et des magistrats dans le mouvement populaire en cours depuis le 22 février et dont la justice sociale prend une place importante dans les revendications citoyennes.
Cela fait plus de deux mois que des millions d’Algériens battent le pavé hebdomadairement pour exiger, en plus, du départ du régime, l’instauration d’un Etat de droit et dont la justice sera le pilier.
Cette tendance des avocats, magistrats et juristes à ne pas accepter qu’ils soient réduits au rôle de simples figurants ou « d’alibi administratif » dans le fonctionnement des institutions et autres organes auxquels ils appartiennent, est incontestablement une évolution prometteuse pour un corps qui aura subi, des décennies durant, les affres d’une gestion opaque des affaires de l’Etat. Le corps des magistrats, s’il est sujet, dans certains endroits et circonstances, à des « soupçons » accompagnés de discrédit, de la part des populations, ne peut être en revanche condamné dans son ensemble, ni pour toujours.
Et ces signes de bonne santé qu’il développe en ces temps de mobilisation populaire prometteuse contre une certaine manière d’exercice du pouvoir et de l’autorité ne sont pas à sous-estimer ni à négliger.