Lever de rideau tout particulier, ce soir, pour l’ouverture avec forces paillettes, strass, etc., les zombies, invités par Jim Jarmush, seront de la fête sur l’écran du Grand auditorium à leur façon, «terrifiante» dans « The Dead don’t Die »… L’inégalable auteur de «Stranger than Paradise» fait donc l’ouverture tout en étant en lice pour la Palme d’or qui sera connue, avec le reste du palmarès, le 25 mai, dans dix jours… Une exception.

De notre correspondante Dominique Lorraine
Exceptionnelle, l’est d’ailleurs la présence féminine. Les avisés parlent déjà d’une parité enfin atteinte entre hommes et femmes, toutes sections confondues, dans la sélection officielle. En attendant, penchons-nous sur la participation maghrébine à cet important rendez-vous cinématographique qu’est Cannes. Depuis la Palme d’or, décrochée par Mohamed Lakhdar Hamina pour «Chronique des années de braise» en 1975, l’Algérie a affiché sa présence assez régulièrement à ce rendez-vous cinématographique international. Précédée déjà en 1967 par «Le Vent des Aurès» qui avait reçu le Prix de la Première œuvre,  toujours au Festival de Cannes. En 2002, la première réalisation de la monteuse Yamina Bachir-Chouikh, «Rachida», avait séduit les spectateurs «d’Un Certain Regard». Dans la même section, la sélection de «En attendant les hirondelles» de Karim Moussaoui, en 2017, a été le début d’un succès international pour ce beau film. Toutefois, le recordman, toutes catégories, restera Merzak Allouache, en 1976, «Omar Gatlato», Semaine de la critique, 1994, «Bab El-Oued City», Un Certain regard, prix
Fipresci, 1996, «Salut cousin !» et, 2012, «Le Repenti», tous deux à la Quinzaine des réalisateurs. Sans oublier une coproduction franco-algérienne «Z» de Costa-Gavras, Prix spécial du Jury, en 1969, et la sélection d’Ahmed Rachedi (Quinzaine1970 – «L’Opium et le Bâton») et Mohamed Chouikh avec «Ruptures»
Pour ce cru 2019, trois  films algériens au menu
Dans la sélection «Un Certain Regard», le premier film de Mounia Meddour «Papicha», avec un casting de choix, Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Hilda Douaouda, Yasin Houicha, Nadia Kaci. La digne fille de son père, le réalisateur Azzedine Meddour, raconte l’histoire de Nedjma, une étudiante de 18 ans passionnée par le design de mode dans les années 1990. Dans la même section «Les Hirondelles de Kaboul», un film d’animation de Zabou Breitman et Eléa Gobbé Mévellec, d’après le livre de Yasmina Khadra, auréolé de nombreux prix à travers de monde. «Abou Leila» d’Amine Sidi-Boumediène, dont l’action se déroule pendant le «années de plomb» est sélectionné, quant à lui, à la Semaine internationale de la critique. Réalisateur, scénariste, monteur et musicien, Amine Sidi-Boumediène n’est pas un inconnu du cinéma méditerranéen puisqu’il a déjà obtenu plusieurs distinctions pour ses courts, «L’Ile (Al Djazira)» et «Demain, Alger ?». L’acteur Reda Kateb, dans lequel il interprète un travailleur social, foulera aussi le tapis rouge, puisque le film de Olivier Nakache et Eric Toledano, «Hors Normes» sera présenté à la «Dernière séance», nouvel intitulé du  film de clôture. «Cette œuvre ultra-contemporaine porte une belle promesse d’avenir. Le cinéma montrera en 2019 sa capacité à évoquer les cités, les rues et les centres commerciaux, les visages des jeunes, leurs engagements, leur musique et leurs lieux, leur rage de vivre et leur questionnement du monde», a souligné Thierry Frémaux. Sans oublier Karim Aïnouz, cinéaste brésilien, de père algérien, présent pour la quatrième fois à Cannes avec «Vida Invisivel», la vie de Guida et Euridice Gusmão dans un Rio des années 1940.

Belle présence également de la Tunisie
En cours de montage, et d’une durée de quatre heures, «Mektoub My Love : Intermezzo» d’Abdellatif Kechiche, sera finalement présent  le dernier jour sur la Croisette après le succès de «La Vie d’Adèle» Palme d’or en 2013. La comédienne  franco-tunisienne Hafsia Herzi, révélée par Abdellatif Kechiche dans «La Graine et le Mulet» (César du meilleur espoir féminin) est passée derrière la caméra pour «Tu mérites un amour» sélectionné à la Semaine internationale de la critique. On se réjouit aussi de la sélection de «Tlamess» d’Ala Eddine Slim, qui avait marqué les esprits avec son précédent long «The Last of US», doublement primé à la Mostra de Venise en 2016.
Seul film arabe et africain de la Quinzaine des Réalisateurs avec au casting, la Tunisienne, Souhir Ben Amara, le chanteur égyptien, Abdullah Miniawy et  la participation de Khaled Benaïssa. «Caméra d’Afrique» de Ferid Boughedir, présenté en 1983. «Un Certain  Regard» est de retour à Cannes dans «Cannes Classics», section qui présente des films restaurés par le Centre national du cinéma et de l’image (France).

Et le Maroc dans tout ça ?
«Adam» de Maryam Touzani représentera, pour sa part, le Maroc en Compétition. Après avoir réalisé deux très beaux courts métrages, multi-primés dans le monde entier, «Quand ils dorment» et «Aya va à la plage», et avoir fait ses débuts en tant qu’actrice dans «Razzia», (le dernier film de Nabil Ayouch), Maryam Touzani contera ici l’amitié de deux femmes frappées par le malheur.
Le jeune réalisateur, Alaâ Eddine Aljem, sera à la Semaine de la çritique avec «Le Miracle du Saint Inconnu», histoire d’un jeune homme qui, après avoir volé une importante somme d’argent, s’échappe vers les collines voisines, la police à ses trousses. Signalons aussi Monia Chokri, d’origine tunisienne, comédienne chez Xavier Dolan, qui passe derrière la caméra avec  «La Femme de mon frère», histoire fusionnelle d’un frère et une sœur, Karim et Sophia.

Les Zombies ouvrent le bal !
Le premier à entrer en compétition et à avoir également les honneurs du film d’ouverture est « The Dead Don’t Die » une « comédie avec de zombies » de Jim Jarmusch. Le réalisateur américain est un habitué de la Croisette :  Caméra d’or au Festival 1984 pour « Stranger than Paradise », Palme d’or du court métrage en 1993 pour « Coffee and Cigarettes : Somewhere In California », Grand Prix 2005 pour « Broken Flowers ». Après une incursion chez les vampires avec « Only Lovers Left Alive », Jim Jarmush se tourne vers les zombies. Avec un scénario intrigant qui ne manquera pas de faire frissonner les spectateurs du grand auditorium Lumière : Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche et les scientifiques sont inquiets. Les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville, avec à leur tête une fine équipe de policiers, menée notamment par Bill Murray et Adam Driver. A leurs côtés une flopée de comédiens prestigieux : Iggy Pop, Selena Gomez en passant par Tilda Swinton, Steve Buscemi, Danny Glover et le rappeur RZA. D. L.

Un jury… épatant !

C’est un Jury international, composé en majorité de cinéastes, et paritaires, quatre femmes et quatre hommes, issus de six pays différents et de plusieurs continents qui attribuera la précieuse Palme d’or. «Le jury de Cannes est invité à voir des films réalisés parmi les plus grands cinéastes de l’époque – c’est encore le cas cette année. Toutes celles et ceux qui figurent en compétition doivent aussi se savoir regardés par de grands artistes – c’est également le cas !», ont précisé le président du Festival Pierre Lescure et son délégué général Thierry Frémaux.

– Le Président, Alejandro Gonzalez Inarritu, cinéaste mexicain aux cinq oscars
Le réalisateur du «Revenant» forme avec Alfonso Cuaron et Guillermo del Toro le trio qui truste, depuis 2013, l’Oscar du meilleur réalisateur (seul Damien Chazelle a réussi à les contourner, en 2016), et qu’Hollywood a surnommé «The Three Amigos», en souvenir d’un court-métrage animé, produit par Disney. Iñarritu avait justement commencé sa carrière internationale à Cannes, avec son premier long-métrage, «Amours chiennes» (Semaine de la Critique, 2000), et a  depuis réalisé cinq films dont deux en compétition, «Beautiful» (2010) et «Babel» (2006) Prix de la mise en scène.

– Elle Fanning, actrice américaine glamour
Elle Fanning a fait ses débuts d’actrice dès l’enfance avec des films tels que «Winn Dixie mon meilleur ami» en 2005, «Babel» d’Alejandro Gonzalez Inárritu (Cannes 2006). Elle y reviendra avec «The Neon Demon» de Nicolas Winding Refn (2016) puis l’année suivante avec «Les Proies» de Sofia Coppola. Elle a récemment tourné dans «Galveston» de la Française Mélanie Laurent.

– Maimouna N’Diaye, la carte africaine
L’actrice et réalisatrice du Burkina Faso, Maimouna N’Diaye a notamment joué dans «La chasse aux papillons» d’Otar Iosseliani et prêté sa voix à la mère de Kirikou dans «Kirikou et la sorcière». Elle a reçu le Prix de la meilleure interprétation féminine au Fespaco 2015 pour son rôle dans «L’œil du cyclone» et a aussi réalisé plusieurs documentaires, comme le «Prix du Courage» ou encore «Tranches de vie».

– Kelly Reichardt, égérie du cinéma indépendant américain
Réalisatrice, scénariste et monteuse. En 2006, «Old Joy» est le premier film américain à remporter un Tiger Award au Festival international du film de Rotterdam. Elle réalise ensuite «Wendy et Lucy», présenté à Cannes à Un Certain Regard en 2008. «La Dernière Piste» et «Night Moves», sont présentés à la Mostra de Venise en 2010 et 2013. Son dernier long métrage «Certaines Femmes» remporte le prix du Meilleur film au Festival du film de Londres.

– Alice Rohrwacher, figure de proue du cinéma d’auteur italien
Ecrit et réalise son premier long métrage de fiction «Corpo celeste» en 2011, qui remporte, à la Quinzaine des Réalisateurs, le Nastro d’argento du premier film. En 2014, elle revient à Cannes en Compétition avec «Les Merveilles», dans lequel elle dirige sa sœur Alba Rohrwacheret Monica Bellucci et qui remporte le Grand Prix. Puis «Heureux comme Lazzaro» couronne  son talent en remportant le Prix du scénario en 2018.

– Enki Bilal, un artiste éclectique
Auteur de bandes dessinées (une trentaine d’albums), peintre, cinéaste, illustrateur, décorateur et metteur en scène de théâtre, Enki Bilal, né dans la Yougoslavie de Tito, a rejoint par la suite la France, où il étudiera un temps aux Beaux-Arts, puis fera ses débuts dans le journal «Pilote». Son dernier album «La Trilogie du coup de sang» (2009-2014) cartonne. A Cannes, il ne sera pas en terrain inconnu puisqu’il a aussi réalisé trois longs métrages : «Bunker Palace Hotel», «Tykho Moon»et en 2004 «Immortel, ad vitam». Il prépare une adaptation cinéma de son dernier opus «Bug».

– Robin Campillo, cinéaste militant
Robin Campillo travaille d’abord dans l’ombre du cinéaste français Laurent Cantet dont il co-écrit et monte plusieurs films, «L’Emploi du temps» en 2001, «Vers le Sud» en 2005 et «Entre les Murs», Palme d’or à Cannes en 2008. Il se lance et réalise son premier film «Les Revenants» en 2004, puis en 2013, «Eastern Boys» Prix Orrizzonti du Meilleur film à la Mostra de Venise. «120 battements par minute», encensé par la critique et le public, obtient le Grand Prix à Cannes en 2017.

– Yorgos Lanthimos, l’ovni du cinéma grec
Yorgos Lanthimos collectionne les récompenses pour ses films surprenants : «Canine  remporte le Prix Un Certain Regard en 2009, «The Lobster», remporte le Prix du Jury à Cannes. Il revient en Compétition en 2017 avec «Mise à mort du cerf sacré» et remporte, cette fois, le Prix du Scénario. Son dernier opus «La Favorite» a reçu dix nominations aux Oscars et a valu l’Oscar de la Meilleure actrice à Olivia Colman pour sa performance.

– Paweł Pawlikowski, le bon élève du cinéma polonais
Ses longs métrages «Transit Palace» (2001) et «My Summer of Love» (2004) ont reçu de nombreux prix. En 2015, son film «Ida», une œuvre très forte, obtient l’Oscar du Meilleur Film en langue étrangère, devenant ainsi le premier film polonais à remporter un Oscar. Son dernier film «Cold War», qui évoque la tumultueuse histoire d’amour de ses parents des deux côtés du rideau de fer, lui vaut le Prix de la Mise en scène à Cannes 2018 et a reçu cinq récompenses aux European Film Awards 2018, dont Meilleur Film, Meilleur Réalisateur et Meilleur Scénariste. Qui des vétérans, Ken Loach, Terrence Malick, Pedro Almodovar, les frères Dardenne ou des nouveaux venus obtiendra la Palme si convoitée ? Nous le saurons le 25 mai lorsque le jury dévoilera son palmarès…