C’est un match particulier qui se déroulera dans un contexte particulier. Le CR Belouizdad et la JSM Béjaïa animeront la finale de Coupe d’Algérie dans sa 55e édition. Les deux prétendants sont fixés sur une date pour la tenue de cette opposition. Si les conditions sont réunies, elle se tiendrait le 8 juin prochain au stade Mustapha-Tchaker (Blida). Néanmoins, beaucoup de paramètres, à commencer par celui du sécuritaire, rendent la tenue de cette explication ultime problematique.

Ça sera certainement un casse-tête pour les responsables de football dans notre pays. Si le championnat de Ligue 1 Mobilis devrait, miraculeusement, aller à son terme, pour Dame Coupe, c’est une autre paire de manche. Même s’il ne reste «que» cette finale à caser dans l’agenda pour la Fédération algérienne de football (FAF) et la Commission d’organisation de l’épreuve populaire. Cette rencontre revêtit un cachet « à haut risque » dans la phase que traverse le pays avec tous les évènements qui se sont produits ces derniers mois. L’extra-sportif peut mettre ce rendez-vous sur une vraie poudrière. Et le placer dans la case « explosif ». Il ne faut pas faire Saint-Cyr pour savoir que cette affiche suscite les craintes compte tenu de beaucoup d’éléments. Sinon, elle se serait déjà déroulée, puisque les Béjaouis ont bouclé leur saison en Ligue 2 et que les finales se jouent le 1er mai d’habitude. Sachant que les deux derniers postulants se sont qualifiés le 25 et 26 avril derniers, la tradition aurait pu être respectée. Néanmoins, l’instance fédérale pourrait justifier cette dérogation à la règle par le fait que le CR Belouizdad joue dans une Ligue 1 Mobilis engagée dans une course contre le temps pour être bouclée. Aussi, les «Rouge et Blanc» font partie des équipes qui luttent pour leur survie. Les contraindre à jouer un match de plus entre deux journées du challenge national aurait donné lieu aux théories de complot les plus folles. Même si les Belcourtois sont quasiment tirés d’affaire.

L’appréhension de mettre l’huile sur le feu
Les stades de foot sont un cratère où a été forgé ce qu’on appelle aujourd’hui le soulèvement populaire, à savoir le fameux « Hirak ». Dans ces antres, les supporters ne se sont jamais abstenus pour hausser le ton envers le gouvernement. L’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, en a fait l’amère expérience l’an passé. C’était lors de l’explication entre la JS Kabylie et l’USM Bel-Abbès au stade 5-Juillet qui a vu les Bel-Abbessiens sacrés.
Mais l’essentiel dans ce match était ailleurs pour les supporters des « Canaris » qui ont profité des tribunes pour faire passer des messages virulents aux plus hautes institutions. Pour cette 55e édition, la donne ne devrait pas changer. Depuis, la tension s’est même accentuée. La Kabylie sera encore présente avec les « Aigles de Yemma Gouraya ». Ils ne devraient pas être seuls puisque les supporters des « Lions du Djurdjura » ont promis de les soutenir et venir donner de la voix. Comme ils l’avaient fait en demie contre l’ES Sétif. Une alliance dictée par une cause commune : la lutte populaire. Mais pas que. Il y a aussi une autre affaire qui motiverait les hostilités. Celle d’Issad Rabrab, patron de Cevital, dont la mise en mandat de dépôt n’a pas été du goût d’une bonne partie en Kabylie. Quoi de mieux pour contester cette mesure que la présence du Président par intérim, Abdelkader Bensalah, dans les travées pour remettre le trophée au vainqueur. Sinon, le chef du gouvernement Noureddine Bedoui. Pour les deux hommes, ça sera comme aller dans une fausse aux lions. Faire jouer cette rencontre présente donc un certain risque. Un autre affront.
C’est comme mettre l’huile sur le feu. Surtout que les banlieusards d’Alger ne sont pas des tendres quand il s’agit de dénoncer le « pouvoir ». La fermeture de la «Volcana» (2e tribune du stade du 20-Août) un certain temps a été consécutive aux banderoles et messages politiques virulents à l’encontre de l’ex président Abdelaziz Bouteflika. Un dilemme infernal. Le fair-play et les vertus du sport pourraient ne pas survivre à la colère et l’insurrection. Probablement.