Pendant que les économistes qualifient la décision d’autoriser l’importation de véhicules de moins de trois ans de «populiste», le directeur général de la Bourse d’Alger Yazid Benmouhoub voit, en revanche, un risque de ranimer le marché informel des devises.

Il a estimé, hier, sur les ondes de la Radio algérienne, Chaîne III, que le recours à l’importation de véhicules de moins de trois ans d’âge risque de créer une flambée des devises étrangères par rapport au dinar. La semaine dernière, le ministre du Commerce Saïd Djellab avait annoncé la possibilité laissée aux Algériens peu fortunés d’importer un véhicule de moins de trois ans. Une mesure qu’il a estimée à même de contraindre les «constructeurs» automobiles à baisser leurs tarifs et daigner réduire leur marge bénéficiaire. La modération des prix des véhicules «made in Algeria» semble être un sujet complexe pour le gouvernement. L’année dernière, l’ex-ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, s’était engagé à lutter contre des prix qu’il avait lui-même jugé d’«excessifs». Il avait alors promis des sanctions contre les industriels pratiquant des prix bien au-dessus de ce qui est techniquement possible. Cette promesse n’a pas été suivie d’actes tant au plan opérationnel qu’au plan juridique. Car, de tradition, les marges bénéficiaires applicables à la vente de tous les produits et consommables sont définies par la loi et toute contravention est considérée comme délit passible de sanctions. La semaine dernière, le ministre du Commerce a reconnu implicitement l’échec des précédentes initiatives à même de ramener les prix des véhicules à des niveaux raisonnables. D’où le recours à l’autorisation d’importation de véhicules de moins de trois ans. Une décision qui avait soulevé un tollé parmi les économistes, y voyant une décision «populiste» et sans fondement économique. Hier, c’était au tour du directeur général de la Bourse d’Alger de mettre en garde contre un éventuel effet pervers que pourrait provoquer cette décision prise, de surcroît, par un gouvernement censé gérer les affaires courantes. Relevant, d’abord, le fait que cette mesure n’a pas encore été officialisée, le directeur général de la Bourse d’Alger Yazid Benmouhoub observe qu’elle va tout naturellement amener les personnes intéressées à devoir s’adresser au marché parallèle pour pouvoir acquérir des devises qu’elles déposeraient dans les banques et solder ainsi le prix de l’objet de leur désir. Dans la foulée, Yazid Benmouhoub juge utile, dans le cas où ce dispositif est agréé, de prévenir contre le risque de voir les monnaies étrangères flamber par rapport à un dinar déjà mal en point. La question du change devrait être centrale, selon lui, dans les calculs précédant la prise en charge réglementaire de la mesure portant sur le retour à l’importation des véhicules de moins de trois ans. Il assure, sans réserve aucune, que les entreprises de montage automobile s’adonnaient à d’importantes marges bénéficiaires, faisant constater un écart significatif de coût des véhicules vendus en Algérie par rapport à ceux ramenés de l’étranger. Se posera ainsi, au-delà du coût excessif des véhicules «made in Algeria», la question des conséquences de la décision du gouvernement, bien qu’elle ne soit pas encore tranchée juridiquement, sur la valeur du dinar sur le marché informel. L’euro s’échangeait, hier, contre 215 dinars, tandis qu’un dollar valait 192 dinars sur la place du Square Port Saïd, plaque tournante des transactions informelles des changes, en hausse par rapport à la semaine dernière, constate-t-on. Interrogé, justement, si le marché parallèle de la devise reflétait la vraie valeur du dinar, sachant que celui-ci est coté à un taux différent de celui pratiqué par les banques, Yazid Benmouhoub observe que «ce n’est pas sa vraie valeur». Pour établir la réelle valeur du dinar, indique-t-il, il faudrait pour cela que le pays en arrive à sa convertibilité totale. Mais pour cela, déclare-t-il, il devrait au préalable diversifier ses ressources, en plus de celles générées jusqu’alors par les hydrocarbures. n