Dixième sit-in de protestation des travailleurs de l’Entv, qui se sont rassemblés, hier, devant le siège de l’entreprise publique pour dénoncer la série de sanctions dont sont victimes des journalistes et techniciens pour avoir soutenu ouvertement le mouvement populaire.

Malgré le jeûne et un soleil de plomb, ils étaient nombreux à dénoncer le recours injustifié aux sanctions pour punir les travailleurs en raison de leurs positions politiques, même celles exprimées sur les réseaux sociaux comme cela a été le cas d’un journaliste qui a reçu un avertissement pour un post sur son profil facebook. «Halte à la censure !», «Halte à la manipulation de l’information», ont été les slogans repris en force lors de ce rassemblement.
L’affaire a éclaté au grand jour suite à un tweet de la journaliste Nadia Madassi, qui avait démissionné début mars de son poste de présentatrice de Canal Algérie. Cinq de ses confrères ont été sanctionnés par la direction pour «leur engagement contre le musellement de l’information».
Il s’agit de l’animateur Ali Haddadou, Mélina Yacef, dont l’émission «Sur la voie du changement» a été arrêtée, Abderrazak Siah qui a été suspendu du Journal Télévisé de 17h sur A3, Imène Slimane mutée du service technique de l’Entv vers un autre service, et Abdelmadjid Benkaci qui a reçu un avertissement pour une déclaration faite à une chaîne privée.
Réunis en nombre et soutenus par le Collectif pour le renouveau du cinéma algérien, les travailleurs de l’Entv ont fortement dénoncé les pressions qu’ils subissent au quotidien et la difficulté à faire face à des responsables qui occultent l’information. «Le service public est notre raison d’être. Nous devons assurer ce service sinon nous ne sommes pas dignes d’être journalistes.
Nous ne pouvons nous dresser contre la vérité et la volonté du peuple, car la colère du peuple est terrible», a déclaré Abderazak Siah, animateur de JT, suspendu suite à sa participation à une émission de débat sur une chaîne privée.
Depuis le déclenchement du mouvement populaire du 22 février, l’Entv ainsi que de nombreuses chaînes privées avaient décidé d’ignorer le Hirak, occultant toute information relative au soulèvement populaire.
Ce sont les journalistes et travailleurs de l’entreprise publique qui ont protesté contre la dissimulation de l’information.
Un courrier officiel a même été adressé à l’ex-directeur général Tewfik Khelladi, le 27 février dernier, dans lequel les travailleurs ont clairement expliqué leur position et appelé au respect de l’éthique dans le traitement de l’information.
Depuis, Tewfik Khelladi a été limogé et remplacé, le 25 mars dernier, par Lotfi Cheriet, ancien responsable de la chaîne Wiam TV qui assurait la campagne du 4e mandat de l’ex-président de la République. Même si ce dernier avait promis plus de liberté aux travailleurs de l’entreprise, chose à laquelle ils avaient cru avec des couvertures live des marches des vendredis, les vieux réflexes ont repris le dessus.
Preuve en est, l’Entv s’est abstenue de consacrer un direct à la 12e marche populaire, vendredi dernier, et a considérablement limité les émissions de débats.