L’élan qui s’est exprimé dans les rues en faveur d’un Etat de droit où toutes les libertés auront enfin leur place est-il en passe de gagner sa bataille ? Le militantisme naissant de cette nouvelle génération bute jusqu’ici sur un vent contraire, alors que dans cette dernière ligne droite avant le début officiel de la campagne pour la prochaine présidentielle, les arrestations parmi les acteurs politiques et certaines personnalités se multiplient. Dans de pareilles conditions, où le jeu démocratique est pratiquement verrouillé et où les solutions de sortie de crise suggérées par la classe politique sont comme rejetées, intéresser cette nouvelle génération qui ne compte pas déserter la rue de sitôt est un vrai défi. Et pourtant, l’acte électoral est un élément central dans cette solution à la crise proposée par le régime, en application des normes et pistes prévues par la Constitution. Les arrestations de ces derniers jours, dont certaines ne sont pas encore démystifiées par le parquet, tant au plan de la forme que sur leur substance juridique, ont fini par remettre au goût du jour les craintes d’un retour à une démocratie de façade, en l’absence d’une communication susceptible de tirer les choses au clair et de redonner au respect de la présomption d’innocence ses lettres de noblesse. Douze semaines après l’élan révolutionnaire qui a ranimé les jeunes générations, l’on est encore à quêter les solutions, alors que celles-ci existent, mais un consensus semble faire défaut aussi bien autour de l’issue proposée par les décideurs que par les pistes de sortie de crise suggérées par l’opposition. Celle-ci, peu écoutée, fait face désormais à l’intrigue des derniers évènements qui se sont soldés, essentiellement, par l’arrestation de la secrétaire générale du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, et la mise sous mandat de dépôt du général à la retraite, Hocine Benhadid, pour avoir suggéré au vice-ministre de la Défense que la solution à la crise « ne peut être que politique ». C’est du moins ce que dit son avocat, Me Bachir Mechri, dans un entretien accordé à TSA.
Me Boudjemaâ Ghechir, avocat de Louisa Hanoune, s’étonne qu’on puisse reprocher à la secrétaire générale du PT sa rencontre avec Saïd Bouteflika, alors qu’il était encore conseiller du président Bouteflika et que ce dernier n’était pas encore démissionnaire. Ces zones d’ombre qui entourent ces arrestations soulèvent moult questionnements sur les raisons exactes, alors que le Parquet, qui s’est pourtant engagé à communiquer, n’a soufflé mot, laissant ainsi aux rumeurs et aux interprétations libre cours. L’épreuve de la rue a accéléré les évènements et la crise dépasse de loin le cadre ordinaire d’une transition politique exigée par le départ d’un système et le passage vers un autre mode de gouvernance. L’ampleur du mouvement et sa capacité à déjouer les précédentes manœuvres en vue de son essoufflement ont poussé le régime à déterrer des dossiers qui étaient jusqu’ici peu connus. La complexité de ces dossiers, combinée à des arrestations jusqu’ici peu élucidées, probablement par respect au secret d’instruction, ont révélé une autre profondeur de la crise que seul un consensus national pourrait solutionner.
Ces arrestations laissent apparaître, néanmoins, de vives craintes quant au libre exercice politique à l’heure où les élections sont censées, en revanche, privilégier le débat démocratique en faveur d’une sortie de crise par la Constitution. Le Parquet devrait en tout cas communiquer pour lever les équivoques et les appréhensions suscitées par les récentes arrestations qui ont touché des acteurs politiques. A défaut, le doute et les craintes s’aggraveraient et pèseraient sur le moral des partis et des électeurs, appelés à jouer un rôle primordial dans la réussite de la transition.