L’institution militaire doit se convaincre de l’impossibilité de tenir l’élection présidentielle le 4 juillet prochain, a affirmé, hier, le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP) Abderrazak Makri. Il l’invitera, dans le même sillage, à «prendre ses responsabilités» devant la crise politique que vit le pays. Invité au Forum d’El Moudjahid, le chef du MSP, dont la parole était attendue par les médias et les acteurs politiques, est revenu sur les sujets qui agitent la scène nationale, notamment le mouvement populaire, l’élection présidentielle, l’emballement judiciaire et le rôle de l’ANP dans la conjoncture actuelle du pays. Pour lui, l’ANP «doit prendre ses responsabilités», estimant que seul l’état-major de l’Armée avait le pouvoir de mener la transition. Ne cachant pas sa satisfaction quant aux décisions prises jusque-là par l’institution militaire, M. Makri a appelé cette dernière à prendre aujourd’hui toutes ses responsabilités pour la «construction d’un consensus national, en aidant à mettre en place une personnalité crédible acceptée par la population en remplacement de Bensalah». Le conférencier a présenté, par la même occasion, sa vision pour une sortie de crise, qui passe, selon lui, par la démission d’Abdelkader Bensalah et la désignation d’une autre personnalité à sa place à travers laquelle un dialogue sera instauré avec l’ensemble des courants politiques présents sur la scène. Il est revenu ainsi sur la position de son parti qui a tourné le dos au dialogue lancé par le chef de l’Etat par intérim et qui n’a pas suscité l’adhésion des formations politiques de l’opposition ni même celles de l’allégeance.
«Le seul dialogue auquel le MSP pourrait adhérer est celui que mènerait le seul tenant du pouvoir actuellement et qui est l’état-major de l’ANP», a-t-il dit, affirmant que le rôle de l’institution militaire «consiste en la contribution à la préservation du consensus national». Sur la question de savoir si le chef de la formation islamiste est parti pour prendre part à l’élection présidentielle, l’invité d’El Moudjahid a réaffirmé sa non-participation à cette joute électorale dont le déroulement suscite des interrogations. «Si cette date venait à être maintenue, imposer cette élection au peuple, c’est aller à l’aventure et à la déstabilisation», a averti M. Makri, selon qui la situation est «complexe» avec de sérieux risques sur la stabilité du pays. Sur un autre registre, il considère l’arrestation de Saïd Bouteflika, des généraux Tartag et celle de Mohamed Mediène, alias Toufik, comme «un développement qualitatif de la campagne d’arrestations en cours en Algérie», saluant «la possibilité de pouvoir interroger des responsables quelles que soient leur force, leur immunité et leurs ramifications». Abdarrazak Makri souligne néanmoins que «ce qui a permis à la bande d’exister, de prospérer et d’immuniser ses têtes, c’est le système politique issu de la fraude électorale et qui détourne la volonté populaire». Selon lui, «le lancement du processus de lutte contre la corruption et la poursuite des personnes accusées de conspiration sont très importants et doivent être soutenus par la population, mais ce qui importe le plus pour assurer la continuité et éviter le retour en arrière, c’est de répondre aux aspirations du mouvement populaire». Il ajoutera que ces arrestations «ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel qui est le passage à un Etat démocratique», et que «l’intérêt du pays, sa prospérité et son développement résident dans la mise en place d’un véritable système politique civil».
S’agissant de l’incarcération depuis jeudi de la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, placée dans un pénitencier civil à Blida, le président du MSP a tenu à préciser qu’«il est inacceptable d’emprisonner un chef d’un parti politique à cause de ses idées ou ses positions», évoquant «un manque d’information sur l’arrestation de la secrétaire générale du Parti des travailleurs».
M. Makri a abordé également ses contacts avec Saïd Bouteflika, frère conseiller de l’ancien Président, dans le sillage de l’initiative dite de «consensus national». Pour lui, l’initiative «était publique et elle devait être discutée entre le pouvoir et l’opposition», affirmant que son parti «s’était adressé au pouvoir, représenté par la présidence de la République». Il a expliqué que «la présidence a chargé Saïd Bouteflika en sa qualité de conseiller du Président. Personne ne peut dire que cette fonction n’est pas politique ou n’est pas une fonction de souveraineté».