Face à Dominic Thiem, samedi, Novak Djokovic a enfin signé une victoire-référence. Et c’est tout sauf un hasard. Erratique depuis son titre à l’Open d’Australie, le numéro un mondial hume avec plaisir et envie le parfum du deuxième Grand Chelem de l’année qui approche à grands pas. Bjorn Fratangelo. Bernard Tomic. Federico Delbonis. Philipp Kohlschreiber. Taylor Fritz (deux fois). Jérémy Chardy. Jusqu’à samedi, voilà à quoi se résumait le tableau de chasse de Novak Djokovic depuis son chef d’œuvre en finale de l’Open d’Australie fin janvier contre Rafael Nadal. En trois mois et demi et quatre tournois et demi, le numéro un mondial n’avait signé aucune victoire significative. C’est chose faite. En battant Dominic Thiem au terme d’un sacré combat, de ceux qui vous remettent dans le droit chemin, Nole parait soudainement avoir repris le fil de sa saison. Dans son printemps terrien, et même plus globalement dans sa campagne 2019, ce 11 mai pourrait marquer un nouveau tournant, refermant la longue parenthèse un peu désenchantée qui a suivi son titre en Australie. A trois semaines de Roland-Garros, cela tombe évidemment à pic. Et ce n’est sans doute pas un hasard.

A la hauteur du défi proposé
Dominic Thiem, qui a donc payé le regain d’intensité (et d’envie ?) du Djoker, n’est en tout cas pas étonné. «Il a très bien joué aujourd’hui (samedi, NDLR), je pense que s’il avait joué comme ça lors de ses précédents tournois, il n’aurait pas eu ces résultats disons plutôt mauvais pour lui, estime l’Autrichien. Mais plus on approche des tournois du Grand Chelem, mieux il joue. Roland-Garros arrive bientôt, et il se rapproche de nouveau de son meilleur niveau».

Simple comme bonjour
En réalité, au-delà de la proximité du deuxième Majeur de l’année, sans nécessairement choisir ses matches ou ses tournois (tout ceci est peut-être plus inconscient que franchement délibéré), Djokovic se met, en bien ou en mal, à hauteur du défi proposé. Thiem, sur terre, dans une demi-finale de Masters 1000, voilà un challenge de nature à l’inciter à livrer bataille. «Dominic est probablement le meilleur joueur du monde sur terre battue cette saison jusqu’ici, a-t-il pris la peine de souligner. Il a gagné à Barcelone avec un tournoi incroyable de sa part, il a battu Roger au terme d’un thriller. Donc il était plutôt en forme…» Quand il joue avec l’engagement qui a été le sien samedi à la Caja Majica, Novak Djokovic redevient naturellement très difficile à battre. Même si, dans cette demi-finale, s’il a dominé son adversaire, c’est surtout sur les quelques points capitaux qui changent tout. On l’a parfois vu bousculé, mais sa capacité à hausser le ton et à serrer le jeu sur les temps les plus chauds de la rencontre constitue peut-être le meilleur témoignage de son retour aux affaires.

Ce Djoko-là sera une plaie à Roland
Le numéro un mondial avait envie de ce match et besoin de cette victoire. Il ne l’a pas caché. «C’est un match très important pour moi et une victoire très importante aussi», concède le Serbe, particulièrement satisfait d’avoir résolu une équation complexe sur le papier, comme il l’a expliqué : «Les conditions étaient difficiles, ce sont les plus rapides que j’ai connues ici. La balle de Dominic est très lourde et avec Rafa, c’est sans doute le joueur avec le plus de top spin et de rotation dans sa balle, donc c’est très difficile de dicter le jeu. La seule tactique possible, c’est de rester près de la ligne de fond pour lui laisser le moins de temps possible et, globalement, j’ai réussi à le faire.» Quoi qu’il advienne dimanche en finale contre Stefanos Tsitsipas, Novak Djokovic aura levé à Madrid une bonne partie des doutes nés de ces trois derniers mois. Ce Djokovic-là sera une plaie à battre à Paris. Or il serait fort étonnant de le revoir en mode post-Open d’Australie du côté de la porte d’Auteuil. C’est une bonne nouvelle pour le Djoker, moins pour la concurrence.