Saïd Sadi met en garde contre les conséquences du maintien de l’élection présidentielle au 4 juillet prochain. «Non seulement cette échéance, à laquelle est attaché le pouvoir en place, ne règlera rien, mais risque d’opposer le peuple, qui la rejette, à l’institution militaire.»
L’ancien président du RCD ne va pas par quatre chemins pour avertir les tenants du pouvoir. «Si elle devait être organisée en dépit de tout bon sens, cette présidentielle ne réglera rien. Pire, elle mettra l’Armée face à un peuple déterminé, soudé et unanime dans sa quête de liberté», écrit Sadi dans une contribution publiée, hier, sur sa page facebook sous le titre «Le peuple ou l’abîme». Il ajoute que dans le cas où l’on arrive à cette situation, «cette fois, il n’y a ni parti déclarant abolir les libertés individuelles et collectives ni mouvement insurrectionnel armé pouvant justifier des mesures exceptionnelles», dans une allusion au début des années 1990 lorsque l’Armée est sortie dans la rue.
Pour Saïd Sadi, s’il est «difficile» de trouver des explications rationnelles, cette présidentielle et à laquelle «personne ne croit ou adhère», il est, hélas, «aisé de deviner les tragiques conséquences de cet aveuglement». Il supposera ainsi que «l’état-major, qui parraine cette opération, pourra toujours ramasser les signatures nécessaires à la validation d’une candidature par un Conseil constitutionnel sans président».
Il lui sera aussi possible de «placer des bureaux de vote dans les casernes pour offrir quelques images aux médias lourds, brusquement retombés dans les diffusions burlesques de la pensée unique», a-t-il imaginé, pour, enfin, nous faire sortir «un président potiche». Cependant, un tel scénario, que Sadi qualifie d’«ubuesque» et «techniquement réalisable, saura-t-il convaincre ?».
Dans ce cas, il estime qu’il y a deux questions «morale et politique» qui s’imposent. «L’Algérie, des Abane, Ben Boulaïd, Ben M’hidi et de tous ceux qui ont donné leur vie pour faire naître une République démocratique et sociale, mérite-t-elle pareille humiliation après cinquante-sept ans d’une «indépendance confisquée» miraculeusement récupérée par une lumineuse insurrection citoyenne que plus personne n’attendait et qui s’affine de jour en jour ?», s’interroge l’auteur de la contribution. Pour la seconde question, elle est relative à la mobilisation du peuple, après sa révolution, tolérera-t-il «le substitut d’un pouvoir encore plus pathétique que l’original qu’il a congédié ?», se demande Saïd Sadi, avant de répondre qu’au vu de la vigueur et de la détermination qui, malgré une chaleur caniculaire, ont encore marqué les manifestations du premier vendredi de ce Ramadhan, «on peut en douter».
L’ancien président du RCD évoque alors une autre hypothèse pour la présidentielle du 4 juillet : «Le report». Mais, pour cela, «il faudra alors violer, une fois de plus, une Constitution que les partisans du statu quo déterrent à chaque fois qu’ils doivent rejeter la transition démocratique, demandée par le peuple depuis maintenant trois mois », fera-t-il remarquer. C’est ce qu’il l’amène à mettre en garde contre «l’abîme constitutionnel qui se rapproche à grands pas est vertigineux ». Sadi rappelle, en effet, que le 9 juillet prochain, le pays se retrouvera sans chef d’Etat. «Le gouvernement, instance virtuelle, avec un fonctionnement quasi clandestin, déjà dénoncé en tant qu’imposture constitutionnelle, n’aura plus aucune réalité politique. Le Parlement illégitime et, maintenant, déserté par la quasi-totalité de ses membres est une coquille vide», constate-il. Et de regretter que l’Algérie aura alors le triste privilège de figurer sur la dégradante galerie des nations sans Etat, une «terrible responsabilité devant l’Histoire».
Pour éviter un «vide» qui peut ouvrir la voie à toutes les aventures, «y compris celle du recours à l’état d’exception», Saïd Sadi estime que «les termes généraux d’une transition démocratique, certes sans concession envers l’ancien système, mais apaisée dans sa conduite et libératrice dans sa finalité, sont sur la table». «Il est encore possible d’y répondre», conclut-il.