Alors qu’il n’est qu’au stade de projet au niveau du gouvernement, le retour des importations de véhicules de moins de trois ans a déjà provoqué un emballement.
Le ministre du Commerce, Saïd Djellab, a même tenté d’apporter plus de détails
sur la faisabilité d’une telle opération sans peut-être réussir à emballer les spécialistes du secteur automobile.

Relevant que rien d’officiel ne transparaît encore des déclarations du ministre du Commerce, le directeur de Largus dz, Mourad Saâdi, doute de la réussite d’une telle opération, sachant que « dans les conditions actuelles, un véhicule de moins de trois ans, importé d’Europe, risque de coûter plus cher que celui assemblé en Algérie ».
Pour étayer ses dires, le représentant en Algérie du célèbre groupe Largus cite d’abord le coût d’un véhicule de moins de 3 ans acheté dans un pays européen, pour faire remarquer que dans le cas de cette catégorie d’âge, «la courbe de chute du prix du véhicule est de tout juste 7 à 8% par an». Par conséquent, «le prix à l’occasion reste élevé», considère M. Saâdi, avant de citer les autres frais qu’il faudra ajouter pour réaliser l’opération d’importation d’un véhicule d’occasion. Ces frais sont ceux de l’assurance à payer sur place en devises, du billet d’avion, des frais de séjour, du transport du véhicule, mais aussi des taxes douanières dont il faudra s’acquitter dans un port algérien. Au final, « un véhicule de moins de 3 ans reviendrait plus cher », conclut notre interlocuteur. Mais au-delà du coût élevé de ce type de véhicule, ce sont surtout les normes qui risquent de poser des problèmes insupportables, prévient le directeur de Largus dz. « Nous sommes en 2019, et si un Algérien va en Europe pour acheter un véhicule de 2 années, il sera obligé de l’acheter aux normes Euro 6 qui sont incompatibles avec la qualité des carburants commercialisés en Algérie », fait-il remarquer, avant de plaider pour un retour des importations de véhicules d’occasion qui puissent se faire dans « un cadre organisé, réglementé par un cahier des charges », souligne-t-il.
Faut-il comprendre qu’il faudra laisser le soin à des professionnels de s’occuper de ces importations ? «Pourquoi pas !», répond M. Saâdi. «Si le marché des moins de 3 ans pouvait revenir à des concessionnaires qui utiliseraient leurs propres devises, cela aura un impact sur le coût du véhicule. Un concessionnaire qui importe des dizaines de véhicules payera nettement moins en frais qu’un particulier qui achète un seul véhicule, et ce dernier profitera forcément de cette donne », explique-t-il. Il y a lieu de noter, à ce sujet précis, que l’année dernière, des concessionnaires qui ont perdu leurs activités après la suppression d’importation des véhicules neufs avaient formulé auprès du gouvernement leur vœu de se lancer dans l’importation de véhicules d’occasion en utilisant leur propres devises, contrairement aux assembleurs de CKD et SKD qui continuent à se servir dans les caisses de l’Etat de colossales sommes en monnaie forte sans aucune contrepartie d’industrie automobile au profit de l’économie nationale ou encore au profit du citoyen qui paye aujourd’hui le véhicule «made in bladi» nettement plus cher que son prix réel.
Pour rappel, M. Saïd Djellab a déclaré, samedi, que le retour, projeté par le gouvernement, de l’importation des véhicules d’occasion, permettra de «faire pression » sur le marché des véhicules assemblés localement. «L’un des objectifs de l’importation des véhicules d’occasion est de faire pression sur les prix des véhicules fabriqués localement. Cela va constituer un facteur externe favorisant la baisse des prix et permettre de donner une chance au citoyen d’acquérir un véhicule selon ses moyens », a déclaré M. Djellab à la presse. Lors d’une réunion du Conseil du gouvernement, jeudi dernier, les ministres des Finances et du Commerce ont été chargés d’élaborer une « conception sur les mécanismes juridiques permettant au citoyen d’importer les véhicules d’occasion ».