Comme chaque année à cette même période, les agressions contre les non-jeuneurs se multiplient dans l’impunité totale. Samedi dernier, c’est un jeune étudiant qui a été victime d’une violente agression et cela pour ne pas avoir observé le jeûne dans l’enceinte de l’université Alger 2 de Bouzaréah, sur les hauteurs d’Alger.
Quelques heures plus tard, à travers une vidéo mise sur la Toile, on voit un groupe de jeunes en train d’agresser des étudiants après les avoir surpris en train de manger. La scène est d’une extrême violence, on voit une jeune fille apeurée dénoncer ses agresseurs que l’on voit en arrière-plan en train de battre des étudiants dans la même université. Face à cet acte condamnable, le comité autonome des étudiants de l’Université d’Alger 2 n’a pas tardé à réagir, hier, dans un communiqué dans lequel il dénonce ce malheureux incident mais sans pour autant apporter un quelconque soutien aux victimes. «Nous dénonçons fortement l’agression qu’ont subi des étudiants jeuneurs ou non, sans juger X et Y, par des personnes qui ne sont pas, dans la majorité, des étudiants. Cet acte n’est nullement toléré au sein du campus universitaire, là où les étudiants doivent se sentir en sécurité, sans oublier que l’acte des non-jeûneurs n’est pas toléré non plus, sur ce sujet-là nous sommes neutres », peut-on lire sur le document.
La Ligue algérienne des droits de l’homme (LAADH), de son côté, n’a pas manqué de dénoncer avec virulence cette énième atteinte aux libertés individuelles. «Nous avons toujours dénoncé ce genre d’agression qui n’ont pas lieu d’être. Nous nous sommes même déplacés aux tribunaux pour défendre la liberté de conscience. Il s’agit d’un acte regrettable et d’une atteinte aux libertés individuelles. Dans de telles circonstances, il faut rappeler que nous sommes dans un pays de diversité et de pluralité et qu’il n’existe aucune disposition légale qui oblige l’Algérien à observer le jeûne durant le Ramadhan », a déclaré Saïd Salhi, vice-président de la LAADH. Quant à la récurrence de ce genre d’incident, notre interlocuteur a jugé que le peuple a besoin de temps pour réapprendre à vivre ensemble dans le respect et la tolérance d’autrui, tout en soulignant que le processus a déjà été enclenché avec le mouvement populaire du 22 février. « Nous avons hérité d’un système qui a longtemps opposé les Algériens les uns contre les autres en instrumentalisant la religion. Maintenant, le peuple est en train de reconquérir son union. Il faudra prendre le temps nécessaire pour apprendre que nous sommes dans un pays de diversité où prône le vivre-ensemble. Cela a déjà commencé avec le mouvement populaire mais, on ne change pas une société en un mois », a-t-il conclu. De son côté, Abdelouhab Fersaoui, président de l’association RAJ, a aussi dénoncé cet acte ignoble mais demeure néanmoins optimiste quant à un éventuel changement des mentalités. «L’agression est condamnable, car la violence n’a jamais apporté de solutions. Il faut savoir que le mouvement que vit aujourd’hui l’Algérie est surtout pour créer des conditions de vivre ensemble sur des bases solides, comme la tolérance. Les gens doivent réapprendre à s’écouter les uns les autres. Certes, le changement des mentalités c’est tout un processus, mais, aujourd’hui, nous avons entamé une révolution pacifique pour aller vers un Etat de droit, il faut aussi penser aux chantiers et réformes que nous devrons affronter une fois la crise politique réglée », a-t-il dit.