Dans un contexte où la justice est au centre des accusations, suite aux enquêtes ouvertes contre plusieurs personnalités nationales, hommes d’affaires et anciens responsables au pouvoir, les magistrats ont fini par sortir de leur silence pour défendre leur image.
Le Syndicat national des magistrats (SNM), qui a récemment renouvelé ses structures et élu Issaâd Mebrouk comme nouveau président, en remplacement de Djamel Aïdouni, a «récusé catégoriquement », hier, toutes ces accusations qui ciblent le corps de la justice et ses hommes. Dans un communiqué, le SNM évoque les «nombreuses parties officielles ou non officielles habituées à dessiner une image stéréotypée de l’action de la justice qui ne bouge que sur instruction ». « Les juges refusent qu’on traite avec eux comme un appareil qui entre en action parfois sur ordre et parfois sur convocation et sont attachés à leur droit constitutionnel, qui est réclamé par le peuple, d’être un pouvoir indépendant assumant ses missions conformément aux principes de légalité et d’équité, d’après une approche d’impartialité et dont le but est d’être juste », écrit ainsi le syndicat. Non sans appeler tout le monde à « placer sa confiance en eux sans tutelle ni pression », et en se plaçant « à équidistance » avec toutes les franges de la société. Nombreux, en effet, sont les partis politiques, les personnalités nationales et autres acteurs à dénoncer ce qui se passe actuellement avec des procès ouverts à tout venant. Pour eux, cette « parodie » vise en réalité à se détourner de l’essentiel réclamé par le Hirak, à savoir le départ du système. C’est une fois atteint cet objectif que la justice trouvera toute son indépendance, estiment ceux qui critiquent cette campagne soutenue par l’armée. Mais, pour se démarquer de l’institution militaire, le SNM ne veut aucune garantie étrangère à la justice.
« La seule garantie et l’unique protection de la justice et des juges ne peuvent venir d’aucune partie en dehors de l’autorité judiciaire. Elle est mise en pratique par une série de procédures consacrant une totale indépendance des juges, à commencer par la révision des lois et des structures régissant l’action et le parcours professionnel du juge », estime le syndicat des magistrats. Une réponse, on ne peut plus claire aux propos d’Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’Armée.
Réponse à Gaïd Salah
Ce dernier avait déclaré, fin avril lors de sa visite au niveau de la 5e Région militaire, que « le Commandement de l’Armée nationale populaire a donné les garanties suffisantes et s’est engagé à accompagner la justice dans l’accomplissement de ses missions nobles et sensibles ». A l’occasion, il insistera sur « la nécessité d’éviter tout retard dans le traitement de ces dossiers, sous le prétexte de révision des procédures légales, laquelle requiert beaucoup de temps, ce qui donne la possibilité à certains d’échapper à la justice ». Ce que ne partagent pas les juges apparemment, puisque, pour le SNM, « on ne peut pas parler de justice indépendante et protégée avec les lois et les structures actuelles régissant la profession de juge, dont l’inefficacité a été prouvée». Comprendre que la révision des lois semble être une urgence. Le SNM a exprimé sa disponibilité à « épauler et à soutenir les juges, en s’opposant à toute tentative de toucher à leur intégrité ou à leur indépendance, que ce soit à travers des déclarations, des insinuations ou tout autre comportement ». Le syndicat promet dans ce cas de
« se constituer partie civile ».
Enfin, les magistrats soutiennent que l’appel pour une nouvelle Algérie « implique un appel pour l’indépendance de la justice. Une justice qui doit être débarrassée de toutes les embûches matérielles et humaines ». « C’est ce que nous voulons atteindre en vue de contribuer de manière efficace à faire sortir le pays de la crise et l’amener vers des rivages sûrs, avec le peuple souverain dans le cadre des institutions constitutionnelles qui expriment sa volonté libre », expliquent-ils.n