Touchée par la dégringolade des cours du brut amorcée depuis la mi-2014, l’économie algérienne, dont l’investissement est fortement dépendant de la dépense publique, détruit désormais plus d’emplois qu’elle en crée.

Les tensions financières que traverse le pays pourraient s’avérer très nocives au plan de l’emploi, car les arbitrages budgétaires de ces dernières années, qui ont plaidé en faveur de la baisse du budget d’équipement, se sont avérés déjà compromettants en matière de croissance et de création d’emplois. En 2018, la croissance économique effective de l’Algérie n’a été que de 2,3%, alors que la loi de finances de 2018 tablait sur une croissance de 4%. Elle était d’à peine 1,4% en 2017.
Très insuffisant pour faire face au défi de l’emploi qui s’offre comme un boulet au pied d’un pays dont les indicateurs macroéconomiques évoluent en s’affaiblissant. Pour Rabah Arezki, l’économiste en chef de la Banque Mondiale pour la région Mena, l’Algérie aura besoin d’une croissance annuelle de 6 à 7% pour absorber le chômage des jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Or, les projections de croissance actuelles pour l’Algérie qui se situent au-dessous de 2% offrent des possibilités limitées pour la création de l’emploi à court terme. Le taux de chômage en Algérie a augmenté à 11,7 % en septembre 2018, en phase avec la croissance atone enregistrée en 2018, selon les dernières projections de la BM, rendues publiques en avril. Il était de 11,2% en avril de la même année, de 12,3% en avril 2017 et de 10,5% en septembre 2016.
Le taux de chômage chez les jeunes catégories est, en revanche, problématique et menace de grimper davantage faute de débouchés susceptibles d’absorber les milliers de diplômés des universités et des centres de formation qui arrivent sur le marché du travail.
Le chômage des jeunes de la tranche d’âge 16-24 ans s’est établi à 29,1% en septembre 2018 contre 26,4% en avril de la même année, marquant une hausse de 2,7 points, et 28,3% en septembre 2017, selon les dernières données diffusées par l’Office national des statistiques (ONS). Le chômage des jeunes reste particulièrement marqué et vient s’ajouter aux mauvaises statistiques sur la croissance qui ont caractérisé les trois premiers trimestres de 2018.
Pour cette tranche d’âge (16-24 ans), le taux de chômage a atteint 24,6% chez les hommes et 51,3% chez les femmes. Pour ainsi dire, le chômage des jeunes en Algérie reste particulièrement alarmant. La situation pourrait se compliquer davantage avec la perspective d’un recul de l’investissement public sous le coup de la baisse des dotations budgétaires canalisées au profit de l’équipement.
Cela s’ajoute à la décision de geler les embauches dans la Fonction publique, alors que l’investissement privé peine à prendre le relais, étant tributaire lui aussi, en partie, de la commande publique. La faiblesse de la croissance économique n’augure rien de bon au plan de l’emploi, à l’heure où le train des réformes économiques qui devrait conduire à un meilleur modèle de croissance peine à quitter sa gare. L’économiste en chef de la Banque mondiale suggère qu’«il y a des problèmes de structure qu’il faut résoudre pour libérer le potentiel économique » en intervenant sur trois axes importants que sont la concurrence, l’économie numérique et la transformation des entreprises publiques. Sur cet aspect, il appelle à transformer les entreprises publiques en Algérie qui continuent de peser de façon importante sur les dépenses publiques. Ces entreprises captent l’essentiel des crédits à l’économie et deviennent « une source d’endettement » pour l’Etat. Selon lui, « il y a un élément d’effet d’éviction qui empêche d’autres acteurs économiques d’accéder au crédit, et qui pose le problème (récurent) de la concurrence », précise ce spécialiste de l’économie de développement. En deux mots, le déficit en concurrence et l’omniprésence de l’Etat dans divers secteurs d’activité posent le problème de diversification des sources de création emplois. Ces problèmes structurels qui aggravent le taux de chômage se poseraient avec acuité dans les années à venir, étant donné que la dépense publique serait amenée à baisser conséquemment à la baisse des ressources financières.<