La mise en détention préventive de la cheffe du Parti des travailleurs évolue de façon à devenir un nouveau marqueur de la crise politique qui s’envenime dans le pays.

Par Leila ZAIMI et Lyes Sakhi
L’incarcération de Louisa Hanoune en est une des raisons dans la mesure où elle s’est effectuée dans des conditions pour le moins incompréhensibles : Louisa Hanoune a été convoquée par le tribunal militaire de Blida pour se retrouver incarcérée dans la prison civile de la même ville sans que ses proches ni son avocat ne sachent pourquoi elle a été mise sous les verrous. Dans un contexte où le pouvoir en place s’époumone à dire que plus rien ne sera comme avant et que tout sera fait pour que la justice triomphe, l’affaire Hanoune indique le contraire. Le magistrat qui a convoqué la secrétaire générale du PT l’a fait dans des circonstances dignes de Kafka sans la moindre indication des charges retenues contre elle. Or, quels que soient les griefs retenus contre elle, le plus rassurant est que ses proches et son avocat soient mis au courant, ce qui n’a pas été le cas, a affirmé hier Ramdane Taâzibt, membre du bureau politique du parti et ce qui a sans doute, pour une partie, motivé le syndicat national des magistrats à déclarer dans un communiqué hier son « refus » d’être un « «simple appareil qui ne bouge que sous des ordres ou des convocations». Davantage que celle qui concerne les deux ex-généraux des services de renseignement et de Saïd Bouteflika, l’ancien conseiller de l’ex-président, l’affaire Hanoune a jeté un froid au sein de l’opinion qui, à tort ou à raison, l’a comprend comme une manœuvre politicienne pour s’attirer les faveurs du mouvement populaire pour le changement, pas pour les besoins de la justice. Si tel était l’objectif dans l’esprit qui ont appelé la secrétaire générale du PT à répondre des accusations contre elles – et qu’on ne connait pas -, il était plutôt raté. Tellement que Mme Hanoune, dont l’activité à l’étranger n’est pas négligeable dans le cadre de ses contacts avec les courants et les forces politiques et syndicalistes de gauche dans le monde, se voit maintenant soutenue au plan international et dans des pays qui ont jusque-là une image positive de l’Algérie. Comme dégâts collatéraux, ce n’est pas négligeable non plus, alors que la sympathie pour le mouvement pour le changement dans le pays – lequel a été salué par le PT depuis les marches du 22 février comme une référence historique qui a éclipsé celle d’octobre 88 en matière de revendications démocratiques- ne cesse de grandir. « La mise en détention provisoire de Mme Louisa Hanoune pose clairement la question des libertés politiques et interroge sur les véritables intentions du nouveau pouvoir (…) C’est un acte qui fait peser de lourdes présomptions sur l’orientation que prend le cours des évènements », a constaté Djilali Soufiane dans le communiqué de son parti avant-hier. D’autres leaders politiques ont réagi pour dénoncer l’arrestation de la secrétaire générale du PT comme Mohcine Belabbes du RCD ou Hakim Belassel du FFS. Certains se sont toutefois murés dans un silence qui dénonce la profondeur des clivages qui « travaillent » le champ politique national, des tranchées que même les questions consensuelles comme la transparence de la justice et le droit du justiciable, quel que soit son statut, de savoir pourquoi il est poursuivi, ne recouvrent même plus. Ce qui n’est pas de bon augure.