La forte mobilisation enregistrée avant-hier à l’occasion du 12e vendredi des manifestations populaires contre le régime et ses figures met manifestement davantage l’institution militaire devant sa responsabilité historique compte tenu des engagements pris par le chef de l’état-major.

Attendu comme véritable baromètre de la capacité de mobilisation du « Hirak » en temps de jeûne et de chaleur, le rendez-vous a réaffirmé la détermination et l’engagement des populations qui ont battu le pavé pour décrier le pouvoir politique et contester sa feuille de route de sortie de crise articulée autour de l’élection présidentielle prévue le 4 juillet.
C’est d’autant plus significatif si l’on intègre également dans l’observation l’arsenal de contrôle des automobilistes mobilisé pour contraindre les citoyens venant des chefs-lieux de wilayas à ne pas rejoindre notamment la capitale.
Tous ces facteurs n’ont pas eu raison de la détermination des millions d’Algériens à faire entendre leurs voix, battant d’un revers de la main les pronostics annonçant un essoufflement de la mobilisation.
Bien au contraire, le mouvement populaire semble se donner un second souffle dont le coup de starter a été déclenché par les étudiants qui n’ont pas manqué, mardi dernier, leur rendez-vous hebdomadaire qui coïncidait, faut-il le souligner, avec le 2e jour du mois sacré.
Cette mobilisation du 10 mai marque, à bien des égards, une date importante dans l’évolution du mouvement populaire qui tend à s’inscrire incontestablement dans la durée et surtout à faire preuve d’endurance comme l’attestent les rassemblements nocturnes tenus dans plusieurs localités du pays.
C’est le cas à Ouargla et Béchar où des milliers d’habitants ont marché dans les artères principales de la ville pour « compenser » la manifestation qui n’a pas eu lieu durant la journée à cause de la chaleur suffocante qui y régnait. Ce qui n’est pas fait pour conforter les engagements du chef de corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, pour la satisfaction des revendications populaires tout en défendant bec et ongles la tenue de l’élection présidentielle à la date prévue alors que la rue exprime clairement son opposition. Le militant politique Samir Bouakouir fait observer que « quand le doute s’installe dans nos esprits enchaînés par des fictions politiques et juridiques, le peuple le dissipe et fait de chaque vendredi un éternel recommencement ». Pour lui, « rien ne stoppera la volonté populaire » et «Gaïd Salah et consorts sont prévenus : le pacte autoritaire enterré le 22 février ne ressuscitera pas le 4 juillet». A l’évidence, le mouvement semble avoir mis la barre très haut en dépassant même l’échéance présidentielle à laquelle tiennent les autorités. Autrement dit, le « hirak » accentue la pression sur l’institution militaire devenue en ce contexte de crise aigüe que traverse le pays au centre du jeu politique avec des appréciations contrastées de la part de la classe politique. Le pari sur l’essoufflement est ainsi tombé en désuétude compte tenu de la capacité de mobilisation dont a fait preuve le mouvement en dépit des circonstances. Ce qui amènera vraisemblablement l’état-major de l’ANP à revoir son traitement des évènements qui marquent la vie du pays depuis le 22 février, alors qu’elle insistait au respect de la voie constitutionnelle et récusait toute idée d’une période de transition. Le discours du chef de l’Etat par intérim prononcé à la veille du premier jour du Ramadhan, suivi par l’éditorial de la revue El Djeïch, l’organe central de l’ANP, refusaient toute remise en cause de l’agenda électoral tracé par le pouvoir.
Le «Hirak», pour sa part, livre, davantage depuis le vendredi acte 12, le premier du Ramadhan, un message qui n’accorde aucun crédit à cette option constitutionnelle. Ce qui rend manifestement grande la responsabilité de l’institution militaire en ce temps de crise politique.<