La mise sous mandat de dépôt, jeudi, par le Tribunal militaire de Blida de
la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, aura eu l’effet d’une bombe, alors que la situation politique est agitée par une crise toujours insoluble.

Louisa Hanoune, d’abord entendue dans le cadre de l’affaire des deux généraux Toufik et Tartag, et Saïd Bouteflika, s’est vite retrouvée au cœur de la tourmente. Les trois anciens responsables, placés le 5 mai dernier sous mandat de dépôt, sont accusés de «complot contre l’autorité de l’Etat et d’atteinte à l’autorité de l’Armée».
Cette évolution des évènements est pour le moins inquiétante, alors que les Algériens, toujours dans la rue, attendent un changement véritable du système. L’activation de la justice semble en décalage patent avec le traitement de la crise politique dangereusement en suspens. En attendant, la scène politique tend à devenir un véritable champ de mines. Louisa Hanoune reste incontestablement un personnage marquant de la vie politique algérienne des trente dernières années. Son éloquence et sa combativité en ont fait la passionaria de la politique algérienne. Avec son parcours de militante au long cours, Hanoune n’aura pas laissé indifférents les Algériens qui s’intéressent à la politique. Certains lui reprochent d’avoir pris part à la fameuse réunion de Sant’Egidio dans les années 1990, aux côtés du FIS, alors que d’autres y trouvent matière à louer l’action d’une véritable démocrate. Avec un discours anti-capitaliste assumé, Louisa Hanoune a été un précurseur en dénonçant l’oligarchie et les prédateurs dans le monde économique, jusqu’à lui valoir les critiques les plus acerbes. L’on se souvient du «qu’elle ferme sa gueule !» assené par Mohamed Bairi, l’un des vice-présidents du FCE, organisation patronale alors au sommet de sa puissance. Louisa Hanoune avait alors critiqué la présence de sept ministres en exercice au meeting organisé par Ali Haddad, en novembre 2014 à Alger, pour clore sa campagne à la présidence du FCE, la qualifiant de «dérive dangereuse et de précédent alarmant». Hanoune avait fustigé le discours de Haddad qui «donnait des directives» tel «un Premier ministre ou un ministre de l’économie», considérant que le patron du FCE d’alors cherchait «à faire entrer l’Algérie dans la gueule du loup». A son actif, également, sa mise en garde contre la loi Chakib Khelil sur les hydrocarbures, du nom du ministre de l’Energie de l’époque. Cette loi, avait-elle estimé, est antinationale et taillée sur mesure pour les multinationales. Elle qualifiera Chakib Khelil, au faîte de son pouvoir, de «traître».
Plus récemment, la secrétaire générale du PT était parmi le groupe des 19 personnalités, qui avaient parlé, en 2015, de forces «extraconstitutionnelles» lorsqu’elles ont demandé audience à Abdelaziz Bouteflika, s’interrogeant sur l’absence du Président de la scène nationale. Cette alerte lui a valu d’ailleurs de vives critiques de la part des laudateurs du moment.
Aujourd’hui, Louisa Hanoune semble visiblement dans le viseur de ses détracteurs. En attendant une communication plus explicite sur ce que lui reproche véritablement la justice militaire, les images de télévision publique de Louisa Hanoune montant les escaliers du Tribunal laissent perplexe. La tournure que semblent prendre les évènements avec cette mise sous mandat de dépôt d’une personnalité politique marquante de la vie nationale, dans le cadre d’accusations graves, augure de lendemains pour le moins inquiétants.