Le temps des remises en cause de ce qui est établi comme une évidence est venu. Ce qui se passe depuis le 22 février dernier en Algérie suscite des espoirs et des demandes de changements. Remettre le FLN au musée et dissoudre le ministère des moudjahidines, sont souvent cités lors des manifestations du vendredi, mais également celles de mardi, organisées par les étudiants. Mais qu’en est-il du ministère des affaires religieuses et des wakfs? La réponse de Mohamed Atbi, responsable  des collections de « La librairie de Philosophie et de soufisme » était sans équivoque : il faut l’enlever. Interpellé mardi dernier lors d’une rencontre-débat qu’il a animée (et modérée par Abdelhamid Meziani), à la librairie « Media Book » (Alger), le conférencier était clair dans sa position : « un ministère du culte ne devrait pas exister dans un pays musulman ». Les griefs envers ce département, de la part de Mohamed Atbi sont nombreux. Il l’accusera d’avoir « permis aux wahhabites de prendre les âmes des algériens pour les détourner de la vraie religion ».  L’importance de l’Islam étant ce qu’elle est dans le quotidien des algériens, le spécialiste du soufisme préconise une solution de rechange : « qu’on redépose la religion chez ses « propriétaires » (il précise qu’il faut mettre le mot entre guillemets, ndlr), les grandes Zaouias ancestrales du pays ».

D’autres sujets ont été abordés lors de cette conférence suivie avec attention par le public présent. N’hésitant pas à susciter la curiosité de ses interlocuteurs, et parfois à titiller leurs conceptions établies, sur les aspects spirituels de la vie, et pas que. Ainsi, selon Mohamed Atbi, la philosophie grecque est loin d’être uniquement cet océan de savoir venu apporter la lumière à l’humanité. Son côté « obscur » existe, et a « touché » négativement aux sciences islamiques. « La philosophie grecque empêche d’accéder aux connaissances métaphysiques » a-t-il affirmé. Il expliquera sa « sentence » par la limite de ce qui est parvenu d’Athènes « parce que Dieu n’est pas accessible par une pensée qui est faîte pour accéder aux choses de ce monde de finitude ». Essayant d’être plus explicite, Mohamed Atbi précisa que « la première carence des grecs c’est qu’ils ne connaissent pas l’idée de l’infini », avant d’ajouter « quand ils pensent à l’infini, ils pensent à l’indéfini ».  Cette mise à l’écart de la métaphysique par les grecs est ainsi la plus grande différence entre eux et l’orient. La différence est dans la conception. « Chez les grecs, ce qui est parfait c’est ce qui est fini, bien fini. Par contre, dans la pensée orientale pure, c’est quand la chose est infinie qu’elle est parfaite » a-t-il affirmé.

Les questions du public étaient un indice sur l’effet provoqué par le conférencier. Cette soif de savoir, et de comprendre, chez eux donne une idée sur l’importance de faire titiller des « vérités » qui ne sont réellement que des châteaux en cartes. Les idées établies, même si elles sont dures à éliminer, peuvent être écartées. Pour cela, il faut des débats d’idées, pour que la lumière puisse jaillir au milieu de la prolifération de l’obscurantisme.

@SalimKoudil