C’était prévisible, les prix de références de 7 légumes et la viande bovine importés, tels que décidés par le ministère du Commerce (voir tableau ci-dessous), censés entrer en vigueur sur les étals des détaillants à partir du premier jour de Ramadhan, n’ont pas été appliqués.

Pire encore, d’un marché à un autre de la capitale, voire même d’un étal à un autre, où s’est rendu Reporters, les prix étaient loin d’être identiques. Ce que le ministre du Commerce annonçait en grande pompe, à savoir qu’à travers la mise en place du dispositif des prix de références, les consommateurs seront à l’abri de la flambée récurrente des prix comme il est devenu de coutume chaque début du mois de Ramadhan, c’est tout le contraire qui s’est passé. Les raisons de la non-application des prix de références par les détaillants sont multiples.
Mais pour le président de l’Association nationale des commerçants et artisans algériens (Ancaa), Hadj Tahar Boulanouar, que nous avons pu joindre par téléphone, «c’est en grande partie dû aux APC». Comment ? Ce dernier explique que les APC auxquelles il a été demandé d’identifier des aires pour la mise en place de marchés de proximité conjoncturels «n’ont en grande partie rien fait dans ce sens».
«Pourtant, toutes les parties (ministère du Commerce et associations de commerçants), initiateurs de cette idée, étaient convaincues que l’installation d’un grand nombre de marchés, notamment dans les grands centres urbains, allait stopper la flambée des prix tant redoutée par les ménages à petits revenus», dira-t-il, étonné. En clair, «les APC n’ont pas joué le jeu», a déploré le président de l’Ancca. Reporters a, par ailleurs, tenté de solliciter l’Apoce, l’association pour la défense du consommateur, pour connaître son point de vue sur la non-application des prix de référence et, en outre, savoir si elle a reçu des appels sur son numéro vert venant de consommateurs dénonçant des abus. C’était peine perdue, le téléphone restant muet. Mais dans une précédente contribution sur nos colonnes, l’Apoce avait pointé du doigt la grève des agents de contrôle. Par contre, du côté de certains détaillants sollicités lors de notre passage pour nous expliquer leur position concernant les prix de référence, nous avons eu droit à une avalanche de commentaires. Ainsi, ils nous ont indiqué à l’unanimité que «cette initiative de nous imposer des prix de références relève plus de l’irréfléchi». L’un deux nous lançant que «c’est à croire que le ministère du Commerce et son premier responsable ignorent certains aspects du circuit de distribution des légumes. Vivent-ils dans une tour d’ivoire ?». Un autre juge que ceux qui ont initié ce dispositif de prix de référence «ont fait abstraction de certaines réalités du terrain avec cette idée de créer des marchés de proximité pour provoquer une certaine concurrence». Un détaillant et non des moindres, puisqu’il occupe son carré de vente au sein du marché couvert d’El Harrach depuis plus de vingt ans, nous a dit tout de go : «C’est vraiment n’importe quoi. Passés les premiers jours d’achat sans réserves, voire cette frénésie à vouloir remplir son couffin, les prix affichés sur les légumes frais et le poulet vont connaître une baisse. C’est la règle.» Abondant dans ce sens, ses voisins de carré sont convaincus que «la baisse sera perceptible sur les étals des marchés du pays à partir de dimanche prochain».
Des pères de famille que nous avons approchés sur les lieux nous ont avoué que «les citoyens sont en partie responsables de la cherté de certains produits, en ces premiers jours de Ramadhan» car «on achète plus que d’habitude et sans compter. Ces deux facteurs n’échappent pas au détaillant. D’où il va au mieux mettre à profit cette tendance, certes conjoncturelle, mais à ne pas rater, pour réaliser de gros bénéfices». Et de reconnaître : «Nous sommes devenus des consommateurs indisciplinés. Alors cessons de nous plaindre de la flambée des prix que nous avons en grande partie provoquée.» A propos de la baisse annoncée en début de semaine, «nous l‘attendons vivement car notre budget a subi ces derniers jours une inquiétante saignée», nous ont avancé nos interlocuteurs. D’autres, plus désappointés, ne se sont pas fait prier pour demander aux responsables du ministère d’«arrêter d’avancer des choses» qu’ils ne sont « pas en mesure de les mettre en pratique».