L’énergie avec laquelle les milliers de manifestants ont bravé la chaleur et le jeûne pour battre le pavé, partout dans le pays, et réclamer pacifiquement le départ du système, a pris hier l’allure d’une démonstration de force proverbiale. Le grand enseignement de cette mobilisation est la défiance constatée vis-à-vis des déclarations du chef d’état-major de l’ANP sur la sortie de crise et le rejet de l’agenda électoral voulu par le pouvoir.

Ce douzième vendredi de mobilisation du mouvement populaire en dit long sur toute la détermination du peuple à en finir avec le système, mais aussi son rejet catégorique de l’élection présidentielle de juillet.
En effet, c’est en scandant « Makach intikhabat ya issabat » (il n’y aura pas d’élections avec la bande), qu’ils étaient hier des dizaines de milliers à battre le pavé à Alger et dans de nombreuses régions du pays malgré la chaleur et le jeûne. Cette première marche du mois de Ramadhan a montré à ceux qui tablaient sur l’affaiblissement du mouvement que ce dernier a encore un long chemin devant lui et cela jusqu’à satisfaction de ses revendications. « Echaâb yourid yetnahaw gâa » (le peuple veut qu’ils dégagent tous),
« Joumhouria machi caserna » (une république et non une caserne), ont été les slogans phares entendus hier à Alger-Centre où les citoyens sont sortis en masse. Alors qu’ils étaient peu nombreux durant la matinée, une véritable marée humaine a déferlé sur la capitale après la prière du dohr. En plus de dire « non au pouvoir en place », notamment à Bedoui et Bensalah, dont ils réclament le départ, les marcheurs s’en sont pris hier à Gaïd Salah, qui continue d’ignorer les revendications du peuple. Alors que l’accès au Tunnel des facultés a été interdit par les éléments des forces de l’ordre, de nombreux citoyens ont indiqué l’absence des barrages filtrants à l’entrée d’Alger, ce qui a permis aux manifestants de se rendre normalement dans la capitale.

Gaïd Salah décrié
Au centre du pays, la mobilisation a aussi été importante à Tizi Ouzou, où ni la chaleur ni les effets du Ramadhan n’ont eu raison de la détermination des citoyens, qui ont été nombreux à prendre part à la marche. En effet, ils étaient des milliers à réitérer leur engagement à faire aboutir leurs revendications. « Nous restons déterminés et mobilisés malgré le Ramadhan », « Tous unis jusqu’au bout ! », ont clamé des manifestants qui ont, encore une fois, réclamé le départ du système et de ses symboles. « Ulach el vote, Ulach » (il n’y aura pas d’élections), « Non à la constitution de laîssaba (de la bande) », ont encore crié les marcheurs qui, ainsi, clament leur opposition à la solution politique à laquelle tient le pouvoir et Gaïd Salah. Ce dernier a d’ailleurs focalisé la colère des manifestants qui n’arrêtaient pas de crier : « Gaïd Salah dégage !», « Ce n’est pas le moment de juger, c’est le moment de dégager ! », lui a-t-on signifié. Pour d’autres, «Gaïd Salah a trahi le peuple et protège la mafia ».
Même ambiance à Bouira, où la foule a scandé et déployé en force des pancartes rejetant à la fois la tenue du scrutin présidentiel du 4 juillet prochain mais aussi Gaïd Salah.
« République pas une caserne », « Non aux élections », « Gaïd Salah, khan echaâb» (Gaïd Salah a trahi le peuple), et autres «Bensalah rayah, rayah, Irouhmaâ Gaïd Salah» (Bensalah doit partir, Gaïd Salah également) criaient les manifestants.
A Bordj Bou-Arréridj, en dépit d’un soleil de plomb, les manifestants ont afflué de différentes régions du pays pour marcher à Bordj, fascinés par les scènes festives de la contestation et l’ambiance que leur offre la capitale des Bibans. En signe de bonne hospitalité, un iftar collectif a été préparé par des bénévoles. A Boumerdès, également une imposante marche où les manifestants scandaient des slogans hostiles au pouvoir. Tout au long de la marche, les manifestants ont rejeté l’élection du 4 juillet et dénoncé les manœuvres du pouvoir visant à diviser et à détourner le mouvement citoyen.
« Arrêtez vos mesquines manœuvres, dégagez tous », « Pas d’élections organisées par le système mafieux », « Nous refusons le système et ses hommes, à commencer par Bensalah, Bédoui et Gaïd Salah », ont lancé les manifestants qui ont exprimé leur engagement à poursuivre la protestation jusqu’au démantèlement total du système politique.
A Béjaïa aussi, l’heure était à la protestation avec plusieurs dizaines de milliers de personnes qui ont battu le pavé.
Les manifestants qui se sont scindés en plusieurs carrés ont scandé des slogans hostiles au pouvoir et à l’élection présidentielle prévue le 4 juillet prochain. « Ulach, ulach, ulach l’vote ulach » (Il n’y aura pas de vote), « Bensalah, rayah, rayah, Edi maâk Gaïd Salah », « Système dégage », « Pour un gouvernement de transition », « Pour la deuxième République »… sont les principaux mots d’ordre de la manifestation.
A l’est du pays, notamment à Annaba, ils étaient également des dizaines de milliers à défier le jeûne et la chaleur pour marcher contre le système et sa «solution» pour sortir de la crise dans laquelle il a plongé le pays. Les marcheurs se sont montrés particulièrement hostiles à l’encontre du chef d’état-major et vice-ministre de la Défense. «Gaïd Salah, dégage !», «El Djeïch dyalna ou El Gaïd Khanna», «Gaïd Salah hammi El îssaba» (Gaïd Salah, protecteur de la bande) ou encore «La Salah, la Bensalah, wahed fikoum ma rahou salah» (ni Salah, ni Bensalah, aucun de vous n’est correct», ont scandé les manifestants de cette ville longtemps considérée comme étant le fief du chef d’état-major de l’Armée. A Constantine, le relâchement constaté depuis deux semaines a été balayé, hier, par une occupation presque totale de toutes les rues de la ville. Si quelques slogans remettaient en cause la feuille de route de Gaïd Salah, la majorité scandait des appels au départ de Bensalah et Bedoui. A Oum El Bouaghi, ils étaient aussi nombreux à scander « Samidoune, Samidoune, Lil issabatti Rafidoune » « Nouridou dawla madania, la dawla askaria » et « Non à l’élection du4 juillet. À Mila aussi, les citoyens avides de changement sont sortis battre le pavé pour crier très fort « Y en a marre » aux actuels hommes du système. Les hirakistes se disent prêts à aller jusqu’au bout de leurs revendications et rejettent les élections du 4 juillet. A l’ouest du pays, comme à Tlemcen, ce sont des centaines de citoyens, tous âges et sexes confondus qui ont marché.
« Oh ! Oh, rana saïmine, koul djoumaâ khardjine », « Klitou bled, ya sarraqine », « Ya el a’r, qiyada bila qarar ! », « Allah, Allah, ya baba, hatnahiw el içaba ! », « Makanch el intikhabate ma’a el issabate », scandaient à tue-tête des jeunes. Aux côtés des pancartes portant des slogans élaborés pour la circonstance, à l’instar de « Nassir hata yasqout ennidham», «Je suis con, donc je vote le
4 juillet », « L’Algérie ne sera pas l’Egypte»… Pareil à Sidi Bel Abbès, où les manifestants ont répété « de l’Ouest et de l’Est, nous continuons notre manifestation jusqu’au changement ». Ils ont levé un méga drapeau et répété «Chaâb yourid tatnahaw gaa », « Bensalah rayeh rayeh, Bedoui rayeh rayeh et chaâb machi djayeh » et « vous partez tous et le vote n’aura pas lieu ». Ils étaient, certes, bien moins nombreux par rapport aux vendredis précédents, mais toujours aussi engagés à poursuivre le combat.