Un Conseil du gouvernement, présidé par le Premier ministre, Noureddine Bedoui, s’est réuni mercredi dernier. A l’issue de cette réunion, le Premier ministre a chargé les ministères des Finances et du Commerce d’élaborer une conception sur les mécanismes juridiques permettant au citoyen d’importer les véhicules d’occasion. L’Exécutif rouvre ainsi un dossier clos en 2015, une date à laquelle le gouvernement de l’époque avait décidé d’interdire l’importation de véhicules usagés.

Cette suspension était-elle justifiée ? Certains estimaient qu’elle obéissait à des intérêts plutôt qu’à une stricte logique économique. D’autres la liaient au scandale des véhicules ZH, ces petites voitures immatriculées à Zurich, et qui étaient parquées au port d’Alger, pour un temps. Toutefois, l’épuration des documents qui se rapportent à l’importation de ces voitures avait pris beaucoup de temps.
Aujourd’hui, le dossier est clos et définitivement. Et point de polémique sur le sujet. Si elle est avalisée, la décision de reprendre l’importation de véhicules d’occasion va casser les prix du marché automobile où l’offre du neuf demeure limitée et les prix nettement plus élevés qu’avant la crise de 2014. Cela permettra également au pays de gagner sur les deux tableaux : satisfaire une demande croissante dans le domaine de l’automobile, et faire gagner de l’argent au Trésor public, à travers les taxes portuaires. Un autre objectif fondamental à très court terme est d’ordre financier : le pays en difficultés financières semble avoir revu ses priorités par rapport aux importations, s’acheminant vers la réduction de la facture annuelle d’importation des kits CKD/SKD destinés au montage de voitures touristiques. Du reste, et au cours de la réunion du Conseil du gouvernement de mercredi dernier, le ministre des Finances a présenté un exposé sur les mesures à prendre pour faire baisser le déficit de la balance des paiements et la préservation des réserves de change à la lumière des résultats des travaux d’un comité composé de représentants des ministères des Finances, du Commerce et de l’Industrie.

Réduire la facture d’importation des kits CKD/SKD
« Des décisions ont été prises portant notamment sur la réduction de la facture annuelle d’importation des kits CKD/SKD destinés au montage de véhicules touristiques et des kits destinés à la fabrication de produits électroménagers, électroniques et téléphones mobiles, et ce en veillant au strict respect des cahiers des charges y afférents», est-il souligné dans un communiqué du Premier ministère. Le ministre des Finances a été chargé de formuler des propositions concrètes et pratiques et applicables lors du prochain conseil du gouvernement et relatives aux mesures susceptibles de réduire la facture d’importation des produits électroménagers et électroniques (dits produits blancs) ainsi que des téléphones portables.
Le système CKD/SKD a été mis en place pour développer une base industrielle dans diverses filières de production (électronique, électroménager et mécanique), développer la production et la sous-traitance nationale, encourager les opérateurs économiques à élever les niveaux d’intégration et créer de l’emploi. Dans la filière mécanique, peu de choses ont été faites, l’industrie automobile est restée dans une position économique faible et vulnérable. Soutenue pourtant par de restrictions des importations de véhicules et par une série d’incitations d’ordre fiscal, l’industrie automobile repose uniquement sur les importations de kits automobiles assemblés localement. Cela n’apporte pas de la valeur ajoutée à l’économie. De plus, cela grève sérieusement les ressources en devises du pays, car, les importations en termes de valeurs de kits d’assemblage et de montage ne cessent d’augmenter. Selon le centre national des transmissions et du système d’information des Douanes, la facture d’importation des collections CKD destinées à l’industrie de montage des véhicules de tourisme a atteint près de 3 milliards de dollars en 2018 contre 1,67 milliard de dollars en 2017. Les importations des collections CKD des véhicules de tourisme (classés dans le Groupe des biens de consommation non alimentaires) ont augmenté de plus de 1,32 milliard de dollars, soit une hausse de 79,23% par rapport à 2017.