Les Algériens sont sortis en masse pour ce premier vendredi du Ramadhan, sous un soleil de plomb. Cette volonté de garder intacte une détermination populaire de changement est probablement une réponse à ceux qui pariaient et parient toujours sur l’essoufflement : les Algériens ne rentreront pas chez eux tant que leurs principales revendications ne sont pas réalisées. Cette insistance des Algériens à maintenir une revendication politique inédite dans l’histoire du pays exprime avec force la détermination portée par les grands moments de l’histoire. Les Algériens l’expriment désormais sans ambiguïté. Les élections dans les conditions actuelles et avec les mêmes acteurs n’ont incontestablement aucune chance de se produire. Les différentes affaires de justice et autres détentions auxquelles l’on assiste ne semblent pas faire dévier les Algériens de leurs revendications politiques initiales. Tout au plus suscitent-ils une curiosité teintée d’une incrédulité à toute épreuve. La conviction semble particulièrement unanime : il ne saurait avoir de justice sans un minimum démocratique. L’institution militaire, plus que jamais au centre du jeu, pourrait de fait se mettre dans une pression intenable en maintenant un cap refusé par le peuple. Son rôle constitutionnel est plutôt d’accompagner la volonté populaire, notamment dans les circonstances difficiles. Il devient évident que le peuple, par millions, exprime depuis deux mois et demi une exigence de rupture radicale avec le système et son personnel. Mais cette demande populaire massive et insistante se retrouve, par un curieux raccourci, confondue avec un certain complot. En attendant le rendez-vous imposé du 4 juillet prochain, les Algériens sont invités à suivre les péripéties d’un complot dont les tenants et les aboutissants ne sont guère clarifiés à l’opinion. En parallèle, la crise algérienne brille par une obstruction irrémédiable. Que les mises sous mandat de dépôt de plusieurs personnalités publiques n’arrivent pas à faire dépasser. Le message des Algériens est on ne peut plus clair. Il faut résoudre en priorité la crise politique.