L’Algérie ne peut organiser une élection présidentielle le 4 juillet prochain. Les conditions nécessaires pour la réussite de ce rendez-vous électoral ne sont pas réunies, a estimé le sociologue Nacer Djabi qui était, hier, l’invité de la rédaction de la Chaîne III de la Radio nationale. Plus grave, cette élection représente un danger pour l’avenir du pays. «On ne peut pas organiser des élections avec l’administration actuelle et un chef de l’Etat élu sur la liste du RND dans la wilaya d’Oran. Il est incorrect d’organiser des élections dans ces conditions», a-t-il souligné. Le sociologue Nacer Djabi préfère d’abord préciser que les Algériens expriment «des revendications exclusivement politiques», à savoir la rupture totale avec le système politique en place et réclament des institutions légitimes pour construire une Algérie nouvelle. Autrement dit, le peuple revendique des solutions en dehors de la Constitution. Pour lui, l’Algérie entame indéniablement un tournant historique et se trouve de nouveau à la croisée des chemins ouverts sur toutes les éventualités. Mais cela serait sans compter sur la détermination populaire. Pour l’invité de la Radio la solution à la crise passe par une période transitoire qui sera gérée par des «compétences neutres et connues pour leur probité» et il en «existe parmi les hommes et les femmes qui ont la légitimité de la rue». En clair, le sociologue qui suit de près l’évolution du soulèvement populaire dès son premier jour, rejette la feuille de route décidée par le chef de l’Etat et soutenue par le chef de d’état-major de l’ANP Ahmed Gaïd Salah. «Les Algériens veulent entrer dans une période de transition négociable entre six mois à une année», a-t- il estimé, pour «l’organisation d’élections sous la houlette d’une commission nationale autonome en dehors de toute interférence de l’administration actuelle qui a toujours été derrière la fraude». L’invité de la Radio suggère que la présidence soit assurée par une seule personne ou un groupe de personnalités à la place de Bensalah que la rue estime «illégitime». De même qu’un «gouvernement de compétences nationales» aura à gérer la transition pour arriver à l’élection d’un président légitime qui mènera à son tour la transition pour organiser des élections législatives, les municipales et proposer une nouvelle Constitution. «Cela fait deux mois et demi que les Algériens et sur tout le territoire national, de même que ceux établis à l’étranger, manifestent sans relâche et par millions pour un changement radical du système politique en place. Ils restent constants et unanimes sur les revendications clairement exprimées dans la rue», dit-il. A A une question sur l’avenir du mouvement, l’invité de la rédaction estime que les Algériens qui manifestent les vendredis et les autres jours de la semaine ne vont pas rentrer chez eux avant d’obtenir gain de cause. «Les Algériens sont restés unanimes et constants sur leurs revendications depuis le 22 février dernier», explique-t-il avant de saluer le caractère pacifique des marches.