Le coup d’envoi des rencontres littéraires de ce mois de Ramadhan a été donné, avant-hier, à la librairie Media-Book de l’Entreprise nationale des arts graphiques (Enag), à l’occasion de la rencontre-débat autour du thème de la pensé soufie et de la connaissance de l’âme humaine, animée par Mohamed Atbi, responsable des collections à la maison d’édition Librairie de philosophie et de soufisme. Mohamed Atbi, spécialiste en théologie et philosophie a récemment contribué à la publication de l’édition critique (à partir de manuscrits algériens) du classique du soufisme «ûyûb an-nafs wa dawa’uha » (Les maladies, les vices de l’âme humaine et leurs remèdes) du soufi malâmâtî Abu Abderrahmân Sulamî, suivie de sa versification par le soufi shâdilî Ahmed Zarrûq al-fâssî.
Axant son intervention sur la distinction nécessaire entre le courant de pensée gréco-occidentale et le courant de pensée orientale, dans lequel s’inscrit la pensée soufie, Mohamed Atbi débutera son intervention par une anecdote relatée par le penseur et théologien musulman El Ghazali.
Celui-ci avait cité dans son livre «Mizane El Aâmal» l’histoire de ce souverain oriental qui, lors de la construction de la salle de bal pour son nouveau palais, avait ramené des artisans chinois et grecs. Ce souverain a ensuite partagé la salle en deux et octroyé chaque côté de la pièce à chaque groupe d’artisans en mettant un voile pour les séparer. Ceci, afin que personne ne puisse voir ce que faisaient les deux différents groupes d’artisans.
Mohamed Tabti poursuivra l’histoire de cette anecdote, que durant les travaux, les gens du palais ont remarqué que les Grecs se munissaient de seaux de peintures de diverses couleurs, alors qu’à aucun moment les Chinois ne sont rentrés avec des bidons de peinture. Suscitant dès lors la curiosité des gens qui se demandaient ce qu’ils étaient en train de faire. Il a fallu attendre la fin des travaux, lorsque le roi dévoile le travail des deux groupes d’artisans et que l’on découvre que les Chinois ont durant tout ce temps n’ont fait que polir le mur, tandis que les Grecs se sont attelés à peindre des décorations d’une minutie incroyable. Ainsi, la morale de cette histoire transmise par El Iman El Ghazali est que «cela prouve que le monde grec est un monde d’ornementation qui se concentre sur le détail. A l’opposé, le monde oriental est un monde de vérité et de simplicité qui permet de réfléchir à la beauté de l’univers et de Dieu qui est en toute chose».
L’intervenant enchaînera en mettant en exergue le fait que les sciences islamiques ont entièrement été piégées par les sciences grecques. Il citera à titre d’exemple le cas de la distinction entre l’eau pure et impure, précisant qu’«avec la science islamique, pour reconnaître l’eau pure et impure, si vous prenez un traité classique malékite, il vous parle directement de la pensée grecque et vous renvoie aux cinq humeurs qui est une théorie qui a commencé à tomber avec les traitées d’Ibn Al Nafis». Le spécialiste algérien du soufisme enchaîne avec conviction que «la pensée grecque peut être utile pour parler de la société ou de la politique, mais pas pour parler de Dieu et de l’être humain».
Mohamed Abti conforte ses propos en expliquant qu’«aujourd’hui, nous sommes arrivés à la pensée wahhabite et salafiste à cause de cette pensée grecque et c’est à cause de cela que beaucoup de personnes ne supportent pas les soufis». Il défend ainsi les préceptes du soufisme en estimant que «ceux qui suivent la véritable charia et les enseignements du Prophète sont bien les soufis. Les gens qui sont ésotériques ne pratiquent en vérité qu’une infime partie de l’islam, alors que les soufis pratiquent notamment, la sunna et l’enseignement du Prophète dans sa totalité».
Par ailleurs, lors de cette rencontre, Mohamed Abti, abordera le concept de l’âme dans la religion musulmane. Il confie ainsi aux présents qu’«Ibn Sina a un merveilleux poème qui s’intitule « El Qasida El Aâynia », sur lequel je travaille depuis des années. Ce poème, nous explique l’âme, d’où elle vient, son voyage et les problèmes qu’elle a, suite à son interaction avec le corps».
Face à ce questionnement sur les tourments de l’âme et son cheminement du monde céleste vers celui de la matière, le conférencier souligne que tout est expliqué dans le saint livre de l’islam. Le Coran, en effet, parle et explique toutes les étapes de la création de tous les êtres du ciel et de la terre, tout en précisant l’instant même où le fœtus reçoit l’âme. Il conclut son propos sur le sujet en soulignant que «sur cette question de la création par Dieu des êtres de différentes dimensions de l’univers, Ibn Sina répond que dans le monde angélique ou spirituel, il y a deux choses essentielles dans le souffle créateur divin, la connaissance pure et l’amour».
Dès lors, c’est cette quête de la connaissance et l’expression de l’amour inconditionnel et la compassion pour toutes les créatures divines, surtout durant ce mois de Ramadhan dédié à la piété et à la miséricorde, qui est la véritable expression de l’amour de Dieu. n