Mardi soir, sur le bord de la Mersey, Liverpool FC se devait de réaliser une «Remontada» pour espérer passer l’écueil FC Barcelone et le renverser. Battus 3 buts à 0, les «Reds» étaient dans le rouge au moment où les «Blaugrana» avaient
9 orteils en finale. Les chances de qualification pour les Anglais étaient infimes. Elles étaient estimées à 6% mais ils y ont cru à 1000% réalisant un comeback (succès 4/0) retentissant pour inscrire ce duel dans la légende.

Qui l’eut cru ? A vrai dire, on savait que le football avait cet aspect irrationnel qui n’obéit à aucune logique. Mais on a tendance à le négliger quand l’écart n’est pas minime. Faire trembler les filets à 4 reprises sans craquer semblait transcendant et motivant, mais à la limite du croyable dans la conception. Encore fallait-il vivre ce moment pour savoir, encore une fois, que, dans la balle ronde, rien ne peut être gagné d’avance. «Je pense que c’est impossible, mais parce que c’est vous, nous avons une chance alors croyons en cette chance», c’était l’harangue de Jürgen Klöpp, driver du dauphin de Manchester City en Premier League. Elle a, vraisemblablement, fait son l’effet escompté.
Sans Mohamed Salah et Roberto Firmino (blessés), deux importants éléments, Liverpool n’était pas au complet. Cependant, Jürgen Klöpp et ses compères n’ont pas donné l’impression qu’ils avaient peur du vide pour autant. L’entraîneur allemand savait la difficulté de la mission. Comment ne pas encaisser contre les Catalans ? Telle était la question. Mais, dès la 7e minute, on a eu les premiers éléments de réponse avec l’ouverture du score de Divock Origi. Les Liverpuldiens avaient idéalement entamé la partie sous les yeux d’une menace omniprésente qui a pour nom : Lionel Messi.

Alisson, un mur à 7 000 briques
A tout moment, l’Argentin pouvait faire valoir son génie. Un seul but côté espagnol pouvait mettre fin aux rêves d’un ultra-bruyant Anfield et les broyer. Néanmoins, mardi soir, le portier Alisson Becker avait de bonnes sensations pour permettre à son équipe d’arracher le ticket de la qualification. Le keeper brésilien a été crédité d’une excellente prestation. En tout, il a annihilé cinq (14’, 18’, 45’+4, 51’ et 68’) véritables occasions. Il a été omniprésent. Notamment, en fin de première mi-temps quand le Barça s’était montré très dangereux on se créant de franches occasions.
En état de grâce, l’ancien keeper de l’AS Rome paraîssait infranchissable. Aussi, il y avait une statistique venue rendre l’éventualité de réaliser un «clean sheet» envisageable. En Ligue des Champions, Henderson & cie pouvaient finir un cinquième match de suite à domicile en préservant leur cage inviolée. Et ce scénario s’était réalisé. Alisson l’a rendu possible grâce à ses interventions. Sa direction ne regrettera certainement pas d’avoir sorti le chèque pour se l’offrir à 70 millions. Des briques qui ont servi à construire une défense des plus hermétiques.

D’abord, le destin…
Pendant ce temps, Georginio Wijnaldum s’échauffait pour suppléer Andrew Robertson, blessé. Pas le plus anodin des faits parce qu’il changera le cours de ce sommet «hispano-anglais». Un clin d’œil d’un destin fabuleux où la fontaine de l’extase footballistique n’est pas fable et l’esprit de la légende et du mythe ne s’apparente pas à l’affabulation.
Sur le bord du terrain, le Néerlandais s’apprêtait à rentrer après la pause-citron. Son coach passe, le regarde dans les yeux et sourit en lui faisant une tape sur les épaules en guise d’encouragement. Commandant Klöpp a fait un remplacement forcé ne se doutant, peut-être, pas qu’il changera complètement la physionomie de cette explication.
En 122 secondes, le milieu de terrain a remis les deux équipes à égalité sur l’ensemble des deux matchs. L’ancien sociétaire de Newcastle a frappé par deux fois. A la 54e puis la 56e minute de jeu. Les esprits étaient sans doute dans l’antre rouge. La chronologie en témoigne. Les instants dans lesquels Wijnaldum a inscrit son nom au tableau d’affichage étaient exactement les mêmes que pour les buts de Steven Gerrard et Vladimir Smicer lors de la mémorable finale face au Milan AC en 2005. C’est l’esprit de la gagne !

Puis, l’instinct, Origi et l’extase
Restaient donc un peu plus d’une demi-heure où tout pouvait arriver. Tout ce que les compères de Salah avait bâti pouvait être détruit si jamais l’adversaire parvenait à trouver la faille et scorer. En parlant de la star égyptienne, comme prémonition, il portait un sweat noir sur lequel était écrit «Never give up» (ne jamais abandonner). Un message clair qui reflète l’état d’esprit de ses camarades avant-hier. Ils savaient que c’était le moment où jamais pour ne pas se faire ronger par les regrets.
Il fallait être forts, précis et concentrés pour démentir les stat’, décider du sort et le conjurer même en étant condamnés. Face aux soldats de Klöpp, ceux de Valverde ont donné l’impression d’avoir fumé la moquette. Sur un corner, la défense du FC Barcelone avait la tête ailleurs. Pas Trent Alexander-Arnold. L’arrière-droit des Reds a vu qu’Origi était hors-marquage dans la surface. L’international des «Three Lions» exécute le corner rapidement pour trouver la reprise du plat de pied du Belge partie mourir dans le lucarne de Ter Stegen. Le dernier rempart de la Mannschaft venait de goûter au réalisme froid souvent attribué aux Allemands. Ironique.
Sur cette phase de jeu, tout a été fait à l’instinct et la première intention mélangée à la célérité dans l’exécution. «Je pense que c’était juste de l’instinct. C’était un de ces moments où une opportunité s’ouvre à vous, et il était évident que «Div» était idéalement placé pour conclure», raconte Arnold directement impliqué dans le 4e but survenu à la 79e minute pour plonger les amoureux du foot en général et les présents à Anfield dans le surréel. Dans l’exceptionnel.