Le mouvement populaire du 22 février s’apprête à vivre, demain, son 12e vendredi de suite. Un round qui intervient cette fois-ci en plein mois de Ramadhan. Mais, ce n’est pas pour autant que les Algériens comptent fléchir, malgré les difficultés de marcher en plein jour sous la chaleur et le jeûne. Les événements de la semaine qui s’écoule prouvent que le Hirak est déterminé à poursuivre sa mobilisation pour le changement du système et réclamer le départ du chef de l’Etat intérimaire, Abdelkader Bensalah, et le Premier ministre, Noureddine Bedoui comme réitéré par les millions d’Algériens sortis lors du dernier vendredi, le 11e. Ultime vendredi avant le début du mois sacré, le 3 mai dernier a été une énième confirmation de la mobilisation citoyenne. Les mots d’ordre étaient les mêmes, avec de nouveaux slogans appelant à la neutralisation des têtes de la «issaba». L’audition de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia au tribunal de Sidi M’hamed trois jours avant n’avait pas suffi. Pourtant, lors du dernier vendredi, les craintes commençaient déjà à s’exprimer pour la suite du mouvement et le degré de mobilisation pendant le mois de Ramadhan. D’où les appels de certains acteurs et figures du Hirak à résister et à préserver le caractère pacifique du mouvement. Passée cette nouvelle démonstration de force, et alors que tout le monde s’attendait à une réaction du pouvoir en place avec de nouvelle concessions, c’est finalement le feuilleton des arrestations qui s’est poursuivi. Mais, cette fois-ci avec de grosses pointures. Dimanche 5 mai, les images diffusées par la télévision publique et rediffusées en boucle par les chaînes privées, de Saïd Bouteflika et les généraux Mohamed Mediene et Athmane Tartag, conduits au tribunal militaire de Blida ont choqué l’opinion publique. Personne n’aurait imaginé assister un jour à de telles scènes. Dans la même journée, le juge d’instruction militaire près le tribunal militaire de Blida ordonnera le maintien en détention provisoire des trois prévenus qui seront poursuivis pour « atteinte à l’autorité de l’Armée » et « complot contre l’autorité de l’Etat ».

Saïd Bouteflika, Toufik et Tartag
Des charges lourdement punies par la loi, notamment les articles 284 du code de justice militaire et 77 et 78 du code pénal, puisque le conseiller de l’ancien Président Abdelaziz Bouteflika, l’ancien patron du DRS et l’ex-coordinateur de la DSS risquent des peines de prison allant jusqu’à 10 ans, voire la perpétuité au cas où ils sont reconnus coupables pour certaines charges.
La semaine d’avant le premier vendredi du Hirak en plein mois de Ramadhan a été aussi marquée par le discours du chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, qui a déçu les Algériens et la classe politique. Attendu, son discours diffusé à la télévision dans la soirée de dimanche n’apportera rien de plus, si ce n’est une détermination à poursuivre la révolte. M. Bensalah réitèrera l’appel à un dialogue «intelligent, constructif et de bonne foi» qui reste, avait-il estimé, « l’unique moyen pour construire un consensus fécond, le plus large possible, de nature à permettre la réunion des conditions appropriées pour l’organisation, dans les délais convenus, de l’élection présidentielle ».
L’on aura donc compris que le pouvoir s’en tient à la tenue de la présidentielle fixée au4 juillet. Une posture qui attisera la colère au sein de la société, alors qu’au niveau de la majorité des états-majors des partis, c’est un non-événement. Les rares partis qui se sont exprimés à l’image du FFS, du PT et de Jil Jadid, ont rejeté cet appel dans le fond et dans la forme.

Maintien de la présidentielle le 4 juillet, la déception
Par ailleurs et pour ce qui est des doutes sur la mobilisation durant Ramadhan, il a fallu attendre la marche des étudiants pour leur 11e mardi, pour s’apercevoir que ceux qui avaient misé sur l’essoufflement du mouvement avaient tort. Malgré la chaleur, les étudiants n’ont pas dérogé à la tradition, maintenant la pression pour le départ du système. Sortis dans plusieurs wilayas du pays, ils étaient des milliers à se mobiliser malgré la difficulté en ce mois de carême, envoyant ainsi un message à la fois au pouvoir que la mobilisation ne s’arrêtera pas et au reste des Algériens, leur donnant le ton à suivre. En sortant ainsi en masse le mardi, les étudiants ont indirectement appelé la population à «vendredir» aussi.

Les étudiants donnent le ton
C’est dire que tous les événements de la semaine ne semblent pas dissuader les Algériens à vivre un autre vendredi de mobilisation, au centre duquel l’institution militaire est encore une fois appelée à assumer pleinement ses responsabilités en ces temps de crise. Le chef de l’état-major de l’Armée, Ahmed Gaïd Salah, directement interpelé par Djilali Soufiane qui a estimé que les négociations doivent désormais se faire avec lui, «seul détenteur du pouvoir», prône toujours la prudence tout en soutenant le Hirak et en s’attachant à la voie constitutionnelle. Laquelle est rejetée en bloc par le peuple.
En tout cas, il n’y a pas de doute qu’avec le maintien de la présidentielle à sa date fixée et la position de l’homme fort de l’armée, l’on se dirige droit vers un autre vendredi d’affirmation du mouvement du 22 février pour réclamer à nouveau la satisfaction de la principale revendication, à savoir le départ du système.