A l’heure où les solutions à la crise politique peinent encore à s’appliquer, l’équation ne fait que se complexifier aux plans social et politique, aggravée par une transition qui tarde.

Les conséquences de cette situation, qui, faut-il le préciser, étaient déjà compliquées du temps où Abdelaziz Bouteflika et ses gouvernements étaient à la manœuvre, se font déjà ressentir çà et là avec, comme éléments visibles, le regain de tensions sociales, la multiplication des grèves et des mouvements sociaux dans nombre de secteurs d’activité conséquemment à l’aggravation des problèmes de trésorerie. Débrayage des travailleurs de l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem), malaise au niveau des corps médicaux et paramédicaux, grève illimitée des travailleurs de l’usine BCR de Sétif, les mandataires observent un arrêt de travail et protestent contre le plafonnement des prix des fruits et légumes, l’unité ENIE de Sidi Bel Abbès assiégée par les manifestants, protestation des inspecteurs anti-fraude relevant du ministère du Commerce… ce sont là des signaux qui ne trompent pas d’une situation sociale délicate et qui vire désormais au vinaigre.
Assurément, la situation n’était pas non plus semblable à un fleuve tranquille du temps où les précédents gouvernements d’Abdelaziz Bouteflika étaient aux commandes. Ceux-ci ont, néanmoins, brillé par leur parfaite passivité face à une crise sournoise qui menace désormais de se transformer en gangrène incurable. D’où la nécessité de hâter le processus de transition politique pour pouvoir s’attaquer aux urgences économiques dans les plus brefs délais. Faute de quoi, les positions financières internes et externes vont se fragiliser davantage et l’équation budgétaire va se compliquer. Le besoin de réformes n’a jamais semblé aussi pressant, mettant d’ores et déjà les prochains prétendants à la présidence sous haute pression ; ceux-ci devraient hériter d’un cadeau empoisonné, voire d’une bombe à retardement. Au plan politique, s’attaquer à des chantiers à la fois complexes et sensibles, à l’image de la réforme des subventions, la lutte contre la corruption, la diversification de l’économie, l’assainissement des finances publiques, la lutte contre la bureaucratie, la régulation du commerce interne et externe requiert une parfaite légitimité des prochains gouvernants. Faute de quoi, la pilule risque de faire des dégâts et provoquerait des tensions sociales que les simples mesurettes, qui étaient d’ailleurs le sport favori des précédents gouvernements, ne sauraient taire.
En tout cas, même si la situation politique est extrêmement compliquée, une solution pourrait être négociée pour peu que l’intérêt de la nation prime sur les ambitions personnelles. Cependant, au plan économique, la situation risque de chavirer et virer au cauchemar, non seulement parce que la panne politique s’éternise plus qu’il en fallait, mais surtout faute d’alternatives immédiates à la planche à billets qui semble s’ériger en unique source de financement. Les grèves, les protestations socioprofessionnelles et les expressions de malaise social qui se font entendre çà et là ne sont que des signes avant-coureurs d’une situation économique extrêmement fragile. Il faut s’attendre à ce que ces mouvements de grève et de protestations qui pénalisent plus d’un secteur se multiplient dans les mois à venir.
D’abord parce que la planche à billets risque de devenir un problème plutôt qu’une solution, car les problèmes de trésorerie sont légion et menacent de se poser avec acuité. Et, ensuite, le chemin vers une nouvelle ère de gouvernance risque de s’avérer long, alors que les institutions actuelles ne font que gérer les affaires courantes, très loin de pouvoir prendre des mesures structurelles qui rompent avec les anciennes mœurs en matière de gestion.