A la veille d’un nouveau vendredi de mobilisation pour le départ du système politique en place dans le pays et la réaffirmation du rejet de l’agenda du chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, d’organiser une élection présidentielle le 4 juillet prochain, la revue de l’Armée, El Djeïch, vient de publier dans son dernier numéro de mai un éditorial dont le contenu est d’exprimer sous forme de réquisitoire le point de vue du haut commandement de l’ANP sur la crise politique et les solutions à lui trouver.

Par Lyes Sakhi
Dans ce texte, qui s’impose comme le véritable marqueur de la position de la haute hiérarchie de l’institution militaire vis-à-vis des revendications d’un processus transitionnel par le mouvement populaire pour le changement et l’instauration de nouvelles institutions, il est dit noir sur blanc que l’état-major de l’ANP n’entend pas accepter la voie de sortie proposée hors du cadre constitutionnel et de l’application de l’article 102 de la Loi fondamentale. Dans ce sens, l’éditorial d’El Djeïch se lit comme la version « hard » du discours du chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, lorsqu’il a appelé à la veille du Ramadhan à la nécessité du maintien du calendrier fixé et la tenue d’un scrutin présidentiel en juillet prochain. « Il y a ceux qui n’en ont cure de l’intérêt supérieur du pays et qui voudraient voir perdurer la crise en rejetant toutes les solutions disponibles et possibles, à même de permettre à notre pays de surmonter cette épreuve, et donc de couper la route aux aventuristes qui concoctent des plans et projettent de les exécuter à tous les échelons, dans le but d’entraîner le pays vers l’anarchie et le chaos », blâme El Djeich. L’énoncé sentencieux de l’éditorial de la revue de l’Armée n’épargne pas ceux qui veulent faire pression « par leurs publications dans les colonnes de certains médias, pour une période de transition durant laquelle ils se conduiront comme il leur plaira et feront passer leurs projets et les agendas de leurs parrains qui vouent à l’Algérie une haine et une rancœur infinies ». Le texte pointe du doigt ceux qui « avaient sollicité l’intervention de l’Armée dans le champ politique durant les précédentes décennies » et qui « tentent aujourd’hui, sournoisement, de l’entraîner sur cette voie en cette étape cruciale ».
« Les projets et les plans concoctés par cette poignée de comploteurs sont inéluctablement voués à l’échec, y compris celui visant à briser la cohésion entre le peuple et son Armée », tranche-t-il indiquant que l’état-major de l’ANP est plus que jamais décidé à suivre sa feuille de route sans souci de tenir compte des initiatives annoncées ainsi que des propositions formulées par les courants d’opposition ou par des figures du mouvement populaire. Pour l’Armée, la seule sortie de crise envisageable du point de vue de son état-major reste celle de la tenue d’une élection présidentielle à la date prévue, sans tenir du contexte éruptif et contraignant dans lequel se trouve le pays actuellement. L’éditorial de sa revue El Djeïch brandit le danger du « complot » et du «plan machiavélique» qui seraient ourdis de l’étranger par des ennemis de l’Algérie. «Aujourd’hui, nul n’ignore que les exécutants de ce plan machiavélique, ceux qui leur ont confié cette tâche et ceux qui gravitent dans leur giron, ont attendu, durant les années passées, la moindre occasion pour le mettre à exécution en ayant recours à diverses voies et moyens», souligne l’organe central de l’Armée. Ce discours a été relayé hier en fin d’après-midi par le ministre de l’intérieur Salaheddine Dahmoune qui a affirmé que le peuple algérien et son Armée présentaient au monde « un exemple d’union et de coopération afin de surpasser tous les complots ». Le ministre a appelé à la mobilisation autour de l’institution militaire qui « ne ménage aucun effort pour la protection des frontières en relevant les défis de notre environnement immédiat et en démantelant les bombes à retardement que certains tentent de semer au quotidien pour attenter à l’unité de notre peuple ». « La meilleure manière de lui exprimer notre reconnaissance et notre respect est de rester, au niveau national et local, extrêmement mobilisés pour la gestion de cette conjoncture sensible et pour permettre, ainsi, à notre peuple d’opérer le changement auquel il a tant aspiré », a soutenu M. Dahmoune, ajoutant que « ce peuple qui sait barrer la route aux complots extérieurs et aux conspirations refuse de se lancer dans le labyrinthe de la violence et de l’extrémisme et de se laisser instrumentaliser au service d’agendas particuliers en maintenant ses revendications unifiées ».<