L’exposition collective «Fils du peuple» réunit les œuvres d’une quarantaine d’étudiants de l’Ecole supérieure des beaux-arts à la galerie «Le Paon » du centre des arts de Riadh El Feth. Les organisateurs convient à cette occasion le grand public et les amateurs d’art à la découverte d’œuvres plastiques dans différents styles et techniques faisant écho à la situation politique et sociale du pays.

Une quarantaine de création aborde ainsi à des degrés divers les points de vue de ces jeunes artistes sur les moments cruciaux que traverse l’Algérie actuellement. Réuni autour de la thématique « Fils du peuple », le concept a été longuement débattu entre les participants présents au vernissage de l’exposition où a été mis en exergue la position et le rôle d’un artiste dans la société. Le public est ainsi convié à découvrir divesses créations s’articulant autour d’une même thématique : la volonté des étudiants d’inscrire leurs travaux, leur école et, plus généralement, l’expression artistique dans la « normalité » de la société. Exprimant ainsi le fait qu’«ils sont avant tout des citoyens et membres à part entière d’un même peuple». L’une des initiatrices du projet, Feriel Yahiaoui, étudiante en 3e année de miniature, nous déclare en marge du vernissage, qu’en plus de faire connaître l’Ecole des Beaux-arts et les travaux des étudiants au grand public, l’exposition «Fils du peuple» est aussi un moyen de faire passer un message à la société qui est celui de tenter d’expliquer que «les étudiants des Beaux-Arts ne sont pas différents des autres». Elle ajoute, également, que ses camarades et elle-même étaient souvent confrontés aux réflexions assimilant leurs études à du «simple dessin ». Tout en précisant que le début de la préparation de l’exposition avait coïncidé avec celui des manifestations populaires contre le système politique, Feriel Yahiaoui nous confie que «c’est tout naturellement que nous avons été très impactés par les manifestations. Et cette dénomination de «fils du peuple» est tombée à point nommé». Dans cet esprit, l’une des œuvres des plus évidentes est un cliché montrant une femme en train de s’interposer entre les manifestants et des policiers antiémeute. Son auteur, la photographe Yasmine Ouali, nous explique que la photo a été prise au Télemly, lors du quatrième vendredi de mobilisation. Cette scène surprenante est arrivée alors qu’une émeute avait éclaté entre des casseurs et des policiers, en précisant que «c’est à cet instant que je vois une femme à genoux, qui implorait les policiers, en leur demandant de rejoindre le mouvement populaire». Un moment intense et très symbolique que la jeune étudiante réussit capter pour le transmettre au plus grand nombre. Partageant quant à lui une œuvre de grand format, où il exprime son ressenti sur la place qu’accorde la société à la «pensée libre», Felfli Iheb Hamza, dont le tableau schématise l’étroitesse d’esprit, explique que son œuvre «exprime ces restrictions que nous percevons au quotidien. Souvent on n’accepte pas nos idées et même juste le fait de simplement les exprimer. C’est également le cas à l’Ecole des Beaux-Arts, j’estime que les sujets d’études sont limités, que les programmes ne sont pas mis à jour et l’enseignement est peut-être trop dirigé et orienté à mon avis». Pour sa part, l’étudiante Sarah Midjek, qui présente une œuvre reprenant la célèbre œuvre de Eugène Delacroix avec une touche actuelle, nous précise que le « concept de la thématique du peuple évoque pour moi la jeunesse, les manifestations, le mouvement actuel et cette volonté de liberté». Soulignant : «Je me suis inspirée du tableau “La liberté guidant le peuple” de Delacroix, dans mon tableau, la jeunesse est représentée par un jeune garçon qui prend la main de la liberté et la guide avec son peuple». L’exposition, tout en dévoilant et confirmant la conscience politique des étudiant des beaux-arts, confirme également leur maîtrise technique. Ainsi, l’une des œuvres qui a particulièrement attiré le public lors du vernissage est signée de l’étudiant Chibane Abd Elghani. Le tableau de grand format a été réalisé en hommage à une artiste, Abla, «disparue récemment dans un accident », nous confie-t-on. Au final, l’exposition collective «Fils du peuple» est aussi, explique-t-on, l’occasion pour les étudiants de revendiquer leurs droits à partager leur travail avec le grand public dans des espaces dédiés à l’art, à l’instar des galeries d’art. Feriel Yahiaoui nous précise à ce sujet : «Je ne suis pas artiste, mais sur le chemin de le devenir. C’est donc maintenant ou jamais que nous devons expérimenter et nous confronter au terrain. Que l’on recueille des avis, négatifs ou positifs, cela nous aidera dans les deux cas d’avancer dans notre cheminement d’artiste.»