La sortie de la crise politique que traverse le pays depuis plus de deux mois passe par des négociations directes avec l’Armée, a estimé, hier, Soufiane Djilali, chef du parti Jil Jadid, soulignant que le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire «est aujourd’hui le seul détenteur du pouvoir».

S’exprimant sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, il a indiqué que «pour aboutir à une période de transition très courte, des négociations doivent être engagées avec le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP)», considéré comme seul détenteur du pouvoir.
Le propos de Soufiane Djilali intervient dans un contexte où l’institution militaire est sur toutes les lèvres, mais dont les messages qui lui sont adressés ne sont pas si faciles à lire et à décoder, exception faite, bien entendu, des partis politiques opposés à toute implication de l’ANP dans le jeu politique.
Le président de Jil Jadid a argumenté sa thèse par le fait que l’institution militaire constitue «le véritable centre de gravité du pouvoir», jugeant que «le pouvoir a été transféré de la présidence de la République vers l’état-major de l’ANP depuis la démission du président Bouteflika». Il a expliqué que pour des raisons historiques, l’Armée «reste un acteur essentiel surtout dans les moments de crise dans le pays», évoquant la nécessité de travailler «avec le réel et non sous couverture avec des fuites et des positions toujours embrouillées». Pour Soufiane Djilali, le chef d’état-major «est en train de faire de la politique en s’adressant aux éléments de l’ANP ainsi qu’à tout le peuple algérien à l’occasion de ses sorties sur le terrain pour inspecter les régions militaires». «Nul n’est dupe, tout le monde sait que le centre de décision est au niveau de l’Armée. Qu’il se fasse accompagner de personnalités qui relèvent de la présidence, cela peut se faire, mais essentiellement le centre de gravité du pouvoir est au niveau de l’Armée et c’est là qu’il faut discuter», a-t-il tranché.
Les propos de Soufiane Djilali ne concernent pas que l’appel à des négociations directes avec l’Armée, mais il insiste, également, sur la durée de la période de transition.
Pour lui, elle doit être courte et permettre la mise en place «des conditions idoines pour aller vers des élections et légitimer de nouveau un président de la République qui pourra, lui, entamer les réformes dont a besoin le pays». Il a dénoncé l’insistance du chef de l’Etat intérimaire à organiser l’élection présidentielle le 4 juillet, «alors que les conditions ne sont absolument pas réunies et qu’il est impossible d’aller à cette élection». Il a déclaré, à ce propos, que «si le pouvoir impose une élection le 4 juillet, cela signifie qu’il a un candidat caché qu’il va nous le faire apparaître en un clin d’œil et nous l’imposer au nom du respect de la Constitution», soulignant que cela «ne résoudra pas la crise, mais va plutôt aggraver la crise de légitimité et de confiance». Pour lui, la priorité consiste à «engager une vraie discussion, un vrai dialogue avec le centre du pouvoir pour s’entendre sur une formule qui consiste à mettre en place une présidence de l’Etat, avec des figures acceptées par tout le monde, à commencer par les Algériens, et dont les objectifs seraient bien déterminés et bien définis». Il s’agit, selon le même intervenant, de mettre en place un nouveau dispositif pour «aller vers des élections libres et transparentes».
S’agissant des personnalités en mesure de conduire cette période de transition à travers une «présidence collégiale équilibrée», Soufiane Djilali a proposé les noms de Djamila Bouhired, Fatiha Benabou, Liamine Zeroual, Ahmed Benbitour, Mokdad Sifi et Ahmed Taleb Ibrahimi.