La valeur des transactions transitant par le marché informel des changes est loin d’être stable, à en croire les cambistes qui témoignent d’une hausse de la demande en devises, l’euro et le dollar américain essentiellement. Cependant, cette demande semble être moins forte qu’il y a quelques semaines, lorsque les premiers vendredis de mobilisation contre le 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika ont laissé craindre les risques d’une dérive vers la violence.

Un euro s’échangeait, hier, contre 214 dinars, tandis qu’un dollar valait 189 dinars au Square Port-Saïd, plaque tournante des transactions informelles des changes. Contrairement à ce qui était anticipé par les cambistes, les évènements politiques que connaît le pays et qui perdurent depuis maintenant deux mois n’ont pas entraîné la forte hausse tant redoutée de la valeur des devises. Les cambistes veulent croire que l’absence de violences a fait que les risques d’une envolée de l’euro et du dollar se sont estompés dès la troisième semaine succédant au premier vendredi de mobilisation. Durant les premières semaines post-22 février, l’euro avait atteint 218 dinars, alors que le dollar flirtait avec les 192 dinars. Dès la troisième semaine qui a suivi le premier vendredi de mobilisation contre le régime de Bouteflika, le dinar s’éloignait peu à peu des plus bas qu’il avait connus face aux principales devises. Cependant, il demeure à des niveaux historiquement bas même s’il a pu améliorer sa valeur de quelques sous, ce qui ressemble à une accalmie de courte durée, à la veille d’une longue période de vacances et de fêtes religieuses, connues pour être la haute saison pour la demande aux devises. Du côté de la demande, en attendant les pressions provoquées traditionnellement par les vacanciers et les voyageurs à destination des lieux saints de l’islam, nous avons appris hier que la tendance à la thésaurisation en monnaies étrangères est en hausse, favorisée notamment par l’incertitude politique dans laquelle s’est embourbé le pays. «Dans de pareilles situations de crise, aussi bien politique qu’économique, les détenteurs de capitaux en dinars préfèrent souvent les échanger contre des devises en attendant que l’orage passe», nous confie un des cambistes du Square Port-Saïd. «C’est ce qu’on a vu lorsque les premières craintes ont été affichées au lendemain de la crise économique de 2014», souligne-t-il, allusion faite à la crise financière née de la dépression du marché pétrolier courant juin 2014. «Il y a eu comme une accélération soudaine de la thésaurisation en devises. Celles-ci, à l’instar de l’or, ont été considérées depuis toujours comme valeurs refuges», nous explique un autre cambiste, qui indique sur sa lancée que les grosses fortunes s’échangent dans des appartements équipés de compteuses et de détecteurs de faux billets, loin des regards. «Dans quelques semaines, nous allons assister assurément à une hausse de la demande, alors que l’offre n’a pas évolué et n’est alimentée que par ses sources traditionnelles, dont les pensions des retraités essentiellement», souligne un de nos interlocuteurs qui s’attend à une éventuelle hausse de la valeur de l’euro et du dollar dans les prochaines semaines. D’autant plus que l’étau se resserre depuis quelques semaines sur les sources délictuelles du marché, à savoir les devises provenant de la surfacturation, étant donné que les importateurs sont, depuis quelques semaines déjà, dans le viseur des institutions de lutte contre le transfert illicite. Cette pratique, pourtant interdite par la loi, alimentait depuis plusieurs années déjà les réseaux de change informel et fut une de ses principales sources en devises. Ce qui a fait écrire au Fonds monétaire international (FMI) que le marché informel des devises a gagné en ampleur et en sophistication en Algérie, invitant les responsables à se saisir sérieusement du fléau.