«Maranach habsine, fi ramdane khardjine » traduction « nous n’allons pas nous arrêter, nous allons sortir même durant le Ramadhan », c’est ainsi qu’ont entamé, hier à Alger, des centaines d’étudiants leur marche hebdomadaire du mardi pour cette première semaine de jeûne. En effet, comme ils l’avaient annoncé, ils ont bel et bien maintenu leur mobilisation intacte malgré le jeûne.
Hier, ils étaient des centaines à investir Alger Centre pour dire leur rejet catégorique de l’élection présidentielle et appeler à l’application de l’article 7 de la Constitution. Parmi les slogans scandés « pas d’élections organisées par la bande », « l’article 7, le pouvoir au peuple », « Bensalah dégage », et « Bedoui dégage et prend avec toi Bensalah et Gaïd Salah ». Face à l’entêtement à suivre la voie constitutionnelle, les étudiants ont dénoncé, hier, « une gestion militaire» qui risque de leur confisquer leur révolution. « Il n’y aura pas d’élections, c’est au peuple de décider et nous continuerons à sortir jusqu’à satisfaction de nos revendications », a déclaré Salima, étudiante en 3e année médecine. Arborant d’énormes banderoles et drapeaux algériens, les étudiants ont tenté de remonter la rue pasteur en direction du tunnel des facultés. Ils se sont heurtés à un imposant barrage d’éléments des forces anti émeutes qui ont fermé l’accès au tunnel. Les manifestants ont dû alors emprunter une des entrées de la fac centrale pour descendre vers la place Audin et se diriger par la suite vers la Grande-Poste. Là encore, les étudiants ont été bloqués par les forces de l’ordre qui les ont empêchés d’avancer vers la vieille bâtisse.
Déterminés, les étudiants ont fini par rompre le barrage et se sont dirigés vers la place de la Grande-Poste où ils ont tenu un imposant rassemblement. Les passants admiratifs face à la détermination des étudiants à en finir avec le système ne pouvaient que saluer cette action.
« Tout le monde a cru que nous allions baisser les bras durant le Ramadhan, mais ils se sont trompés car nous sommes là et nous comptons bien le rester jusqu’à satisfaction des revendications du peuple. Il n’y aura ni Ramadhan ni vacances d’été ni autres car nous allons rester ici », a affirmé le jeune Nouredine, étudiant à l’Ecole supérieure d’informatique.

Une mobilisation intacte à travers le pays
L’heure était aussi à la mobilisation dans de nombreuses régions du pays où les étudiants ont battu le pavé, à l’instar de Béjaïa où la marche a drainé une foule nombreuse. Les manifestants ont scandé haut et fort des slogans hostiles au pouvoir en place, tout en réclamant « le départ d’Abdelkader Bensalah, Noureddine Bedoui et son gouvernement », « l’annulation de l’élection présidentielle prévue le 4 juillet prochain » et « la mise en place d’une phase de transition démocratique ». La manifestation s’est déroulée dans un calme remarquable. Même scènes à Boumerdès où malgré la chaleur et le Ramadhan des centaines d’étudiants sont sortis dans la rue pour exiger le changement et réclamer le départ total du système et de tous ses hommes. « Nous sommes déterminés à poursuivre le combat pacifique jusqu’au démantèlement du système et l’instauration d’une République démocratique », scandaient les manifestants. Sur les banderoles, on pouvait lire entre autres « Pourvoir dégage», « Non au plan du pouvoir sans le peuple », « Le Hirak continue», « Algérie libre et démocratique »,
« Bensalah, Bédoui, Gaïd Salah ! Dégagez tous ! » « L’Algérie est une République et non une caserne », « Justice de transition indépendante et non à une justice sélective », « pas d’élections avec la bande ». A Annaba, ils étaient quelques centaines d’étudiants à marcher entre le Cours de la Révolution et le siège de la wilaya et répondre au discours du président par intérim Abdelkader Bensalah, jugé provocateur. «Non à l’élection du 4 juillet» ont crié les étudiants malgré la chaleur et le jeûne qui ont encore manifesté leur détermination en scandant «ma ranach habsine». De leur côté, les étudiants de Constantine sont encore sortis exprimer leur ras-le-bol du système. Ils ont brandi les mêmes slogans et répondant aux dernières « propositions » de Bensalah par des catégoriques « pas de vote avec Bedoui », « Bensalah dégage », en plus du tube du Hirak « klitou le bled yassaraqine ». Pareil à Sétif, où plusieurs dizaines d’étudiants ont observé comme chaque mardi, un sit-in devant le siège de la wilaya de Sétif pour réclamer le départ du gouvernement Bedoui et le chef d’Etat par intérim Bensalah. A Tizi Ouzou, les étudiants de l’université Mouloud-Mammeri ont également marché pour le onzième mardi consécutif. Ils n’étaient, certes, pas tous au rendez-vous (moins d’un millier) mais leur détermination à rester mobilisés jusqu’au départ du système reste intacte. Les marcheurs ont scandé les chants et les slogans habituels, avec en tête du défilé ce slogan qu’ils ressortent à l’occasion de chacune de leurs marches. « L’étudiant s’engage, le système dégage ! », ont-ils écrit sur une grande banderole.

Le Hirak avant tout !
Alors que de nombreuses facultés à travers le pays sont paralysées par le mouvement de grève estudiantin, les étudiants ne semblent guère préoccupés par une éventuelle année blanche. Plaçant leur soutien au mouvement populaire au cœur de leurs priorités, ils se sont dits prêts à sacrifier leurs vacances pour maintenir la pression. « Nous sommes aujourd’hui face à une situation où l’avenir du pays doit primer sur tout.
Nous allons rester mobilisés et pour les études, nous sommes prêts à étudier même durant les vacances, mais il faudra d’abord qu’on règle les problèmes du pays », a déclaré Anis, jeune étudiant en médecine.