En déclarant qu’il faudrait désormais des négociations «avec le véritable centre de gravité du pouvoir», le président du parti Jil el Djadid, Soufiane Djilali ne s’est pas encombré de faux semblants. L’Armée s’est retrouvée inexorablement au centre du jeu comme le décideur exclusif dans une crise politique inédite et toujours en attente d’une solution.

Au fil des jours, la crise politique semble s’installer inexorablement avec, en parallèle, une grande opération «mains propres» particulièrement inédite. Et il est devenu incontestable que l’institution militaire s’est installée comme l’interlocuteur unique pour toute évolution politique cruciale pour l’avenir. La Présidence et les autres institutions de l’Etat étant particulièrement fragilisées par une nouvelle donne provoquée au lendemain de la démission de Bouteflika.
Le discours du chef d’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, dimanche dernier aura particulièrement désenchanté. Les Algériens y ont vu un exposé en décalage flagrant avec les revendications populaires, exprimées de façon claire lors des différentes manifestations. Il y a de fait comme une réponse à deux vitesses : une réponse judiciaire, dont la séquence n’a pas de logique évidente d’une part, et une réponse politique passablement décalée par rapport aux revendications du peuple, d’autre part. Décalée parce qu’elle tente d’enfermer le mouvement populaire dans la contrainte d’une Constitution sujette elle-même à caution. L’opposition ne s’est pas fait prier pour l’exprimer. Du MSP au FFS, au PT, à Al-Adala d’Abdallah Djaballah, à Talaie El-Houriyet, tous les partis ont dénoncé «une fuite en avant» du pouvoir ou une «énième provocation» contre le peuple, en contestant l’idée même de dialoguer avec des «personnages illégitimes et largement contestées par le peuple». Le MSP demande même au commandement de l’institution militaire, qui détient désormais les leviers du pouvoir, de satisfaire les autres revendications exigées par le mouvement populaire concernant, notamment, le départ des « B » et la mise en place d’une transition apaisée à travers des élections «libres et honnêtes».
Un rôle central
En décidant de façon indirecte d’actions successives de limogeages et de désignations à des postes de responsabilités, en encourageant la justice à ressortir des dossiers touchant des hommes d’affaires, et mettant sous mandat de dépôt des acteurs importants, l’institution militaire se trouve plus que jamais au centre du jeu. De sorte qu’il est devenu aujourd’hui inévitable d’imaginer une autre évolution de la situation sans le rôle centrale de l’Armée. Ce qui fait que le regard est aujourd’hui braqué vers la grande muette seule à pouvoir débloquer une situation qui frise le pourrissement. En insistant sur l’application stricte de l’article 102 de la Constitution, il était devenu évident que l’Armée ne voulait pas prendre le risque du vide qui pourrait être mal interprété notamment à l’international. Pour n’avoir pas pris les mêmes précautions, l’armée soudanaise a été sommée par l’Union africaine de remettre le pouvoir aux civils dans moins de soixante jours. Et quand on sait le rôle majeur joué par l’Algérie dans l’UA concernant l’obligation faite aux Etats membres de refuser toute reconnaissance des régimes issus des coups d’Etat, l’on comprend mieux cette réticence. D’autres puissances pourraient même user de ce prétexte afin de faire pression sur l’Algérie ultérieurement dans certaines circonstances. Malgré ce risque évident à l’international, l’option actuelle semble non viable sur le plan interne. Le choix, qui semble visiblement inéluctable, d’opter pour une autre voie de sortie que celle du 102 de la Constitution, celui de faire appel à une ou des personnalités consensuelles pour entamer une période de transition sera indubitablement le fait de l’Armée. Il est évident que les Algériens sont en attente de cette décision qui pourrait débloquer une situation car il y a urgence.