Le discours officiel, prononcé dimanche soir par le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, n’a pas été du goût des représentants de la société civile fortement impliqués dans le mouvement populaire.
N’ayant pas tenu compte des revendications populaires, l’oral du chef de l’Etat a déçu. La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh) regrette, dans un communiqué rendu public, l’entêtement du pouvoir à aller, dans deux mois, à une élection présidentielle rejetée par l’ensemble des Algériens, concluant à un «forcing» qui se précise. Pour la même organisation, «en s’accrochant à son offre, le système en place s’enfonce de plus en plus dans la crise», alors qu’il était attendu de lui d’apporter des réponses en phase avec les aspirations citoyennes. La Laddh rappelle, dans ce sens, qu’elle n’a pas cessé «d’interpeller le pouvoir» pour répondre favorablement et sans délais aux revendications légitimes du peuple algérien. L’association, présidée par l’avocat Noureddine Benissad, s’interroge également sur la réaction à venir des autorités se demandant «si le général Gaïd Salah continuera à tourner le dos au peuple et à prendre le risque de faire basculer le pays dans le chaos et l’instabilité certains». Dans ce sens, la Laddh met en garde contre toute « velléité d’avortement de la mobilisation pacifique », estimant que « tout coup de force ou tentation d’utilisation de la force contre le peuple pacifique ne fera qu’aggraver la situation et enfoncer le pays dans l’irréparable». Raison pour elle d’interpeller l’Armée pour «se mettre du côté du peuple et à aider à la transition qui sera gérée par des institutions fortes issues d’un large consensus de la société».
Pour sa part, le président de l’association Rassemblement actions jeunesse (RAJ), Abdelouahab Fersaoui, a exprimé son étonnement de voir le tandem Gaïd Salah-Bensalah ne pas apporter les réponses adéquates aux revendications du mouvement même après onze vendredis de grande mobilisation populaire. Selon lui, une telle réaction est d’autant incompréhensible que le peuple «rejette en bloc leurs schémas et manœuvres pour la survie du système», relevant ce rejet à travers le slogan «Yetnahaw Ga3 (ils partent tous)». Le président de RAJ, association née dans le sillage du multipartisme provoqué par les évènements d’octobre 88, estime que l’attitude du pouvoir, qui s’obstine à organiser l’élection présidentielle le 4 juillet prochain, fait craindre le pire pour la sécurité, la stabilité du pays ainsi que la cohésion nationale. Pour lui, le régime, non seulement ignore la voix du peuple algérien qui demande son départ, mais poursuit ses «manœuvres et son entêtement au moment où le peuple exprime sa forte attente d’une solution politique et d’une période de transition démocratique indépendamment des institutions existantes qui sont défaillantes». L’universitaire et écrivain Mohand Arezki Ferrad estime que le discours de Bensalah est en total «contradiction» avec la revendication populaire. Faisant le lien avec les arrestations enregistrées récemment des anciens généraux des services de renseignements, Toufik et Tartag, ainsi que Saïd Bouteflika, l’universitaire a émis le doute que la détention de ce dernier ne soit décidée que dans l’objectif de faire adhérer la population à l’organisation du scrutin présidentiel prévu en juillet.
Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (Snps) a préféré, pour sa part, mettre au défi les tenants du pouvoir pour vendredi prochain. De son côté, l’écrivain et militant de la cause amazighe, Brahim Tazaghart, interpelle les citoyens face à la cacophonie qui persiste entre les partisans de la solution constitutionnelle et les défenseurs d’une solution politique avancée par ce qu’il qualifie de «l’alliance DRS-Présidence». Estimant que le peuple est dans «l’obligation» de trouver sa propre voie, l’écrivain et éditeur propose «une solution constitutionnelle à dimension politique» ou «une solution politique à encrage constitutionnel», deux options en mesure d’éviter une «bipolarisation mortelle» pour le pays. Pour y arriver, il faut oser «se soustraire aux conditionnements et agir dans l’intérêt du peuple en renforçant les capacités démocratiques de l’Etat».<