Alors que la crise politique qui ballotte le pays depuis la démission d’Abdelaziz Bouteflika tend à s’éterniser dans une atmosphère de grande inquiétude pour l’avenir immédiat, les possibilités de sortie de crise ne semblent pas aussi nombreuses qu’il n’y paraît. Le discours du chef de l’Etat Abdelkader Bensalah à la veille du Ramadhan aura quelque peu déçu les Algériens qui s’attendaient à un déblocage d’une situation qui commençait à devenir lassante à force de perdurer.

Alors que l’opinion s’attendait à des décisions importantes, voire cruciales qui ouvriraient de nouvelles possibilités dans la crise, le rappel de la même feuille de route envisagé plusieurs fois dans ses discours par le chef d’état-major de l‘Armée aura ajouté à la désillusion. En insinuant que seul le cap du 4 juillet prochain est envisagé, le chef de l’Etat semble avoir d’un revers de main écarté d’autres possibilités de sortie de crise, devenues pourtant inéluctables avec le temps.
L’insistance à ne pas envisager d’autres voies de sortie que l’actuelle porte prévue, il est vrai par la Constitution actuelle pourrait compliquer davantage les possibilités de solution consensuelle.
C’est à l’évidence l’institution militaire qui aura donc pour mission d’assurer cette option dans sa forme pratique, mais aussi politique. Sauf que la réalité sur le terrain reste particulièrement loin d’être propice pour mettre en place un processus électoral aussi engageant. Pour les observateurs les plus avisés, cette option est absolument inapplicable dans l’état actuel des choses. Le temps imparti pour lancer une telle procédure s’avère déjà insuffisant.
Ce qui fera dire à certains observateurs qu’il y a mauvaise intention. Ne cherche-t-on pas à aller jusqu’au bout d’une feuille de route visiblement vouée à l’échec afin de justifier le recours in fine à des décisions extrêmes ? Reste en effet à savoir comment l’institution militaire pourrait-elle privilégier une solution qui reste pour le moins refusée par la majorité des Algériens.
Le mouvement de contestation populaire l’exprime clairement durant les marches et dans les déclarations des personnalités les plus en vue du Hirak. Le chef d’Etat par intérim est lui-même contesté ainsi que le gouvernement actuel considéré comme un produit de « l’ancien système » et de fait ne pourrait assurer le minimum de garanties pour d’éventuelles élections.

En manque de sérénité
D’un autre côté, les affaires de justices qui touchent désormais des hauts responsables de l’armée dont d’ex-hauts responsables des services de renseignements, les généraux Toufik Mediène et Bachir Tartag, ne sont pas pour insuffler de la sérénité notamment dans cette conjoncture d’une extrême sensibilité.
L’ouverture d’une manière spectaculaire du chapitre des affaires judiciaires aura eu un effet d’étonnement dans un pays où l’institution militaire n’avait pas coutume de communiquer sur ces questions.
Les généraux Saïd Bey et Habib Chentouf, respectivement anciens patrons des deuxièmes et quatrième Régions militaires, qui avait fait l’objet d’une arrestation pour l’un et d’un mandat d’arrêt pour le second par le tribunal militaire de Blida, avaient déjà inauguré cette vague. Ces affaires retentissantes pourraient avoir un effet négatif sur l’image d’une institution militaire qui se veut solide.
L’interpellation et la mise sous mandat de dépôt de personnalités importantes civiles et militaires semblent déjà rajouter de la pression au moment où un minimum de sérénité est exigé afin de sortir du piège actuel.
La transition qui attend l’Algérie comme passage obligé vers une construction nouvelle s’annonce déjà complexe.
La difficulté à trouver des consensus pour entamer un processus de reconstruction constitutionnel est déjà symptomatique des clivages qui travaillent la société.
C’est à ce niveau que l’effort mutuel et collectif devrait être concentré afin de pallier l’urgence de remettre le pays sur rails.