Le Ramadhan 2019 a commencé en Algérie avec le discours prononcé la veille, dans la soirée du 5 mai, par le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah. Hormis son enveloppe religieuse de circonstance, ce speech signale un nouveau et particulier développement dans le feuilleton de crise que vit le pays depuis plus de onze semaines.
Sa particularité est de trancher sur les scénarii actuellement en débat depuis la démission de l’ancien président de la République, Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril, et d’annoncer que le pouvoir n’a pas d’autre intention que d’appliquer l’article 102 de
la Constitution et d’organiser l’élection présidentielle le 4 juillet prochain.

Par Lyes Sakhi
Dans son allocution, M. Bensalah va plus loin. Face au mouvement populaire pour le changement qui se mobilise depuis onze semaines de contestation pour une transition en dehors du cadre constitutionnel, il laisse entendre que toute autre solution que la tenue de l’élection présidentielle, le 4 juillet, serait synonyme d’incompréhension dangereuse. Et qu’elle mènerait au «vide constitutionnel» et à «l’absence d’Etat», ainsi qu’à entraîner le pays «dans la spirale de l’anarchie et la déstabilisation».
Devant pareille éventualité, le chef de l’Etat affirme qu’«un dialogue intelligent, constructif, de bonne foi, reste, en effet, l’unique moyen pour construire un consensus fécond, le plus large possible, de nature à permettre la réunion des conditions appropriées pour l’organisation, dans les délais convenus, de l’élection présidentielle». Il ajoute que l’élection du 4 juillet est la «seule à même de permettre au pays de sortir définitivement et durablement de l’instabilité politique et institutionnelle».
D’après Abdelkader Bensalah, l’appel populaire pour une transition devant mener à une Constituante puis à une nouvelle Constitution pour une démocratie réelle et des pratiques saines du pouvoir est légitime. Il ne peut toutefois être pris en charge qu’une fois un nouveau président élu. «Un président de la République issu d’une élection incontestable aura, en effet, toute la légitimité nécessaire et toutes les prérogatives requises pour concrétiser l’aspiration profonde au changement et satisfaire l’ensemble des revendications populaires légitimes», a-t-il asséné.
Pour ce qui concerne la garantie de transparence du scrutin, a-t-il déclaré, «il va sans dire que les modalités d’organisation, de contrôle et de supervision de ces élections dans toutes les phases de préparation, déroulement et de dénouement, doivent être au cœur de ce dialogue et faire l’objet d’un large consensus». Selon lui, «la voix du peuple a été entendue (…) Il va sans dire, cependant, que l’intérêt suprême du pays impose la préservation de l’Etat, le respect des institutions, ainsi que la sauvegarde de la sécurité et de la stabilité», a-t-il encore justifié en parlant de «démarche rationnelle» et de «bon sens». Non sans tenter de faire passer au second plan la question politique. Car «au cœur des revendications populaires, il y a la lutte contre la corruption et la dilapidation des deniers publics», a soutenu M. Bensalah qui a souligné que ces dossiers ont connu «une accélération qui laisse entrevoir une prise en main déterminée par la Justice» et «une action méthodique, inscrite dans la durée et induisant un impact salutaire sur l’économie nationale, débarrassée de l’impact néfaste des pratiques qui ont profondément gangréné son fonctionnement».
La main étrangère …
L’annonce par le chef de l’Etat du maintien du calendrier électoral est accompagnée par l’explication de la «main étrangère». «Les menaces auxquelles fait face notre pays ne sont pas une vue de l’esprit. Elles sont multiformes, d’origine exogène, mais avec des relais internes, elles sont pernicieuses et de plus en plus sophistiquées. L’affaiblissement et la déstabilisation de l’Algérie constitue, pour certaines parties, une option stratégique. Nier cette réalité ou tenter d’en minimiser la dangerosité serait au mieux faire preuve de naïveté et au pire de complicité», a-t-il dit.
Pour le rendez-vous pourtant improbable du 4 juillet, M. Bensalah parle d’«objectif stratégique national» à réaliser pour permettre à l’Algérie de «déjouer les dangers et les desseins hostiles». Il a lancé un «appel» à la mobilisation des «acteurs nationaux», à «l’ensemble des composantes de la classe politique», aux «mouvances qui structurent la société civile» (…), «notamment les jeunes et les femmes». Il n’est pas sûr qu’il soit écouté. n