L’appel au dialogue et la nécessité de la tenue de l’élection présidentielle sont les principaux messages adressés par le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, avant-hier soir, lors de son discours à la nation à l’occasion du Ramadhan. Un dialogue qui, cependant, ne semble pas trouver preneur au sein de la classe politique.

PAR INES DALI ET AZIZ LATRECHE
«Un dialogue intelligent, constructif, de bonne foi reste», selon lui, «l’unique moyen pour construire un consensus fécond, le plus large possible, de nature à permettre la réunion des conditions appropriées pour l’organisation, dans les délais convenus, de l’élection présidentielle, seule à même de permettre au pays de sortir définitivement et durablement de l’instabilité politique et institutionnelle», a déclaré Bensalah à l’adresse du peuple algérien. Cet appel pour le dialogue et la concertation, considéré comme «la seule voie garantissant une sortie de crise pacifique», n’a cependant pas reçu l’écho escompté notamment par les partis politiques. Le Front des forces socialistes (FFS) estime que c’est «sans surprise que le discours de Bensalah a réitéré la volonté et l’entêtement des décideurs à aller vers une élection présidentielle. Une élection par laquelle ils souhaitent sceller définitivement le destin de notre patrie». Le parti déclare constater que «les décideurs actuels, au lieu de répondre au sursaut historique de la dignité du peuple algérien, sont radicalement résolus à exécuter et à imposer leur propre feuille de route». Dans un communiqué signé par son premier secrétaire Hakim Belahcel, le FFS affirme qu’«un vrai dialogue ne peut pas et ne doit pas se faire avec ou à travers des personnages qui sont viscéralement et radicalement désavoués par la majorité du peuple. Un vrai débat ne peut pas trouver une viabilité ou une quelconque crédibilité dans un environnement parasité». Le FFS rappelle que «cette élection présidentielle ne mobilisera que ses promoteurs, car les attentes du peuple ne peuvent être prises en charge par l’organisation d’un autre simulacre électoral».
L’appel au dialogue de Bensalah n’est pas mieux perçu au Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), qui ne voit pas l’utilité d’un discours qu’il estime être en déconnexion avec la situation et la réalité algérienne. «Le peuple demande leur départ, tous ensemble, il ne demande pas d’élection présidentielle. Cette dernière se tiendra en dehors du système actuel. Il faut d’abord changer les choses, clarifier les règles ensuite aller vers des élections», a déclaré Yacine Aïssiouane porte-parole du RCD. Tout en notant que «Bensalah fait partie des gens dont le peuple demande le départ», il ajoutera que «ce n’est pas à ceux qui étaient au pouvoir hier d’organiser les élections aujourd’hui, c’est à la haute instance de transition qui sera créée après le départ de ce système que reviendra l’organisation des élections».
Pour le Parti des travailleurs (PT), «le discours du chef de l’Etat par intérim sonne comme une fin de non-recevoir aux aspirations de l’écrasante majorité qui veut se libérer du carcan du système décomposé et du régime présidentialiste autoritaire et anti-démocratique et de sa constitution dans laquelle les partisans du maintien du statu quo veulent l’enfermer telle une camisole de force». Le maintien de l’élection du 4 juillet est considéré comme «confisquant le droit du peuple de trancher sur la nature du régime et donc des institutions à mettre en place».
Pour sa part, AHD 54 a soutenu que l’organisation d’une élection transparente et régulière est à même de répondre aux aspirations du peuple algérien. Cependant, cette démarche nécessite de «nouveaux mécanismes à même de conférer crédibilité et transparence à cette élection», d’où, propose ce parti, la prochaine présidentielle devra être reportée pour être organisée avant la fin de l’année en cours. AHD 54 estime également que «le consensus autour d’un seul candidat est devenu l’une des principales priorités. Mais avant tout, la classe politique doit convenir d’une feuille de route à même de satisfaire tout un chacun pour accompagner le candidat du consensus et lui tracer les grandes lignes». Le discours de Bensalah n’a pas convaincu au MSP. Selon Nacer Hamdadouche (député et membre du bureau national du parti), ce discours ne contient aucune nouveauté.
« C’est une tentative d’imposer ce qui a déjà été refusé. Le problème n’est pas dans le dialogue en tant que principe, mais dialoguer avec qui ? Sous l’auspice de qui et avec quel ordre du jour ? », s’est-il interrogé. Pour lui, il « n’est pas raisonnable de parler encore une fois de dialogue avec lui après l’échec d’un premier round qu’il a lui-même boycotté », ajoutant que « cette détermination d’organiser des élections pour le 4 juillet prochain est insensée».
Pour Lakhdar Benkellaf, du FJD, «ce discours est provocateur à l’égard du peuple qui s’attendait à son départ (Bensalah, ndlr). Il parle de dialogue, mais il sait que nous refusons de dialoguer avec lui ».
Le dialogue doit être, selon Benkhellaf, entre le peuple et l’institution militaire, relevant que l’opération de vote « doit être dotée de mécanismes nécessaires pour son déroulement et son contrôle par une commission indépendante, ce qu’il n’y a pas actuellement ». Le secrétaire général d’El-Islah, Filali Ghouini, a déclaré, pour sa part, que son parti salue le discours, notamment l’invitation au dialogue qui mènera vers un consensus. «C’est ce que nous avons dit il y a quelques jours lors de la tenue de notre cinquième session du bureau national : un deuxième round de dialogue pour arriver à un consensus et aller vers des présidentielles crédibles», a-t-il rappelé.