Près d’une trentaine d’associations et d’organisations, regroupées au sein du Collectif de la société civile algérienne, viennent de lancer une pétition pour exiger le respect des libertés publiques et exprimer leur indignation contre les mesures d’interdiction ciblant des actions du monde associatif.
Intitulé «Pour l’exercice des libertés publiques : non aux restrictions, non aux interdictions», le document est signé par un collectif de plusieurs associations qui se distinguent par leur implication active dans le Hirak. La pétition est signée par la Laddh, la Ladh, RAJ, SOS Disparus, Réseau Wassila, Tharwa Fadhma N’Soummeur, le Snpssp, SOS culture Bab El Oued, le collectif des Haraga, des associations qui se sont constituées récemment en collectif pour la «transition politique» et la construction de «nouvelles institutions».
La pétition a été lancée suite à l’interdiction des conférences programmées dans les espaces universitaires, à l’instar de celle de la politologue Louisa Dris-Aït Hamadouche, ou de l’avocat Mustapha Bouchachi interdites à Oran et Blida. Le collectif dénonce également l’interdiction de débats dans les espaces publics, comme ceux prévus par RAJ, chaque samedi au parc Sophia, le recours à la force contre les manifestants, notamment les étudiants et la Confédération des syndicats algériens, qui a marché à l’occasion de la Journée internationale du travail, a souligné, Saïd Salhi, vice-président de la Laddh.
«Depuis le 22 février, les Algériennes et les Algériens se sont réappropriés les droits qui sont naturellement les leurs. Ils marchent, débattent et se rassemblent de façon pacifique et responsable. Cependant, cette réappropriation est un fait accompli que les autorités politiques remettent en cause en vertu des lois toujours en vigueur et d’une conception autoritaire de la gestion de l’espace public», peut-on lire dans la pétition. Il est ainsi reproché aux autorités de vouloir imposer aux militants ou citoyens l’obligation d’avoir «des autorisations préalables» pour pouvoir débattre et exploiter un espace qui est le «leur». Pour les signataires de la pétition, le système en place «a lâché du lest, mais garde ses pratiques répressives et dictatoriales». Ils se réjouissent du fait que les Algériens «ont pu se réapproprier l’espace public grâce au Hirak qui a fait sauter les verrous et briser le mur de la peur».
«Nous, citoyennes et citoyens, conscients de nos droits et de nos devoirs, demandons la levée immédiate des restrictions qui pèsent sur nos libertés individuelles et collectives, y compris le droit de se rassembler pacifiquement dans les espaces publics», lit-on dans la pétition. Pour les signataires de la pétition, chaque ville, chaque espace universitaire ou public, est un «espace d’expression populaire», où les citoyens seront libres d’exprimer leurs points de vue et de débattre à tout moment des questions qui intéressent le pays et son avenir. Saïd Salhi, membre de l’initiative, a expliqué que l’objectif est que la pétition obtienne le maximum de signatures, précisant qu’elle ne sera pas remise à une quelconque autorité pour demander quoi que ce soit, car la légitimité du gouvernement et de ses institutions est contestée. «Les pétitions sont un moyen d’action, de pression et de mobilisation pour sauvegarder l’espace public», explique-t-il, estimant qu’«on ne peut imaginer un Hirak sans espace public ou une lutte sans conférences-débats ou espaces publics».