L’ouvrage collectif «La Révolution du Sourire», édité aux éditions Frantz-Fanon, disponible depuis hier dans plusieurs librairies, est le premier livre sur le mouvement populaire déclenché le 22 février dernier et toujours en cours en Algérie. Dix auteurs, dont des écrivains, journalistes, romanciers, sociologues, participent à cet ouvrage introduit par Sarah Slimani. Chaque auteur avec sa sensibilité, son style et sa langue raconte sa perception de cette «révolution du sourire». Mohamed-Anis Saïdoune est le plus jeune auteur ayant contribué à cet ouvrage. Pharmacien de formation, il est lauréat de nombreux prix, dont celui de la Meilleure nouvelle pour «Avanci l’arrière». Persuadé que l’écriture est aussi une thérapie qui guérit le désespoir, le jeune écrivain aborde dans cet entretien sa perception du mouvement populaire porté par la jeunesse, son expérience d’écriture ainsi que ses projets.

Reporters : Pourriez-vous nous parler de votre participation à l’élaboration de l’ouvrage « Révolution du Sourire » qui vient de paraître ?
Mohamed-Anis Saïdoune : J’ai été contacté par les éditions Frantz-Fanon pour faire partie de cette «polyphonie», un ouvrage collectif sous le titre «la Révolution du sourire». La confiance de l’éditeur m’a ravi et je remercie les éditions Frantz-Fanon de nous avoir donné à tous l’opportunité de parler de la révolution à chaud. On parle toujours des choses en post traumatique mais là, on écrit pendant qu’on est en train de faire la révolution. Que cela soit des portraits-robots de l’Algérie dont on rêve, des fictions, des «rêves parfumés au vinaigre», nous sommes tous liés par une matrice appelée «révolution». Ma nouvelle s’appelle «le Baiser d’Alger», elle essaye de dépeindre ce qu’ont pu ressentir certains militants de longue date face à la magnifique déferlante populaire.

En tant que jeune et auteur, pensez-vous qu’il est important que ce genre d’ouvrage puisse accompagner le mouvement populaire ?
Le pays est en train de connaître un véritable sursaut d’orgueil et peut-être même un changement de paradigmes. Une jeune génération qui revendique son droit d’exister et de tout réinventer. Les intellectuels, écrivains, essayistes, sociologues ont le devoir d’être au diapason des revendications de la rue et lui donner plus de chair, plus de consistance et de sens. En tant que jeune auteur, ce que nous sommes tous en train de vivre ébranle ma créativité. Je vis à fond cette révolution du sourire. Parfois – et je suppose comme tous les Algériens – quand les événements politiques deviennent de plus en plus denses et que l’on se rencontre tous, le soir, sur les réseaux sociaux (réceptacle de la révolution) pour faire une thérapie de groupe… je me tape de véritables insomnies et si je n’écris pas je n’arrive plus à me rendormir.

Justement, qu’elle est la place qu’occupe l’écriture dans votre vie ?
Je suis un jeune Algérien amoureux de son pays et amoureux de l’écriture. Je n’aurais pas pu vivre sans l’une ni l’autre. Je suis pharmacien de formation et c’est un signe que l’écriture est aussi une forme de thérapie. Si l’obscurantisme, l’arbitraire, le manque de sens, la misère sociale et économique sont des maladies… le pari de l’écrivain est de soigner sa société avec des mots. Les mots ont un pouvoir incommensurable, rien que le fameux coup d’éclat du « Yetnahaw gaâ» a ébranlé l’imaginaire de toute une nation.

Vous êtes en pleine préparation d’un nouveau roman, pouvez-vous nous en dévoiler quelques détails ?
Le roman que je prépare en ce moment parle de la frontière entre le génie, l’héroïsme et la folie. Si des «fous» n’avaient pas osé franchir le cap de l’état de siège réel et imaginaire dans notre pays, nous serions peut-être sous le 5e mandat actuellement. Les fous changent le monde et les sociétés qui n’acceptent pas les idées nouvelles, se sclérosent et meurent. Mon roman s’inscrit aussi dans cette perspective de donner du contenu à ce qui est pour moi une génération oubliée, celle des jeunes Algériens. En résumé, la crise c’est quand le vieux ne veut pas mourir et que le jeune a peur de prendre la place ; dans ce clair-obscur surgissent les monstres.