L’approche du mois de Ramadhan suscitait déjà, plusieurs semaines avant son avènement, certaines appréhensions sur l’évolution du mouvement populaire appelé communément Hirak. Particulièrement sur ce risque d’apathie qui pourrait toucher un mouvement massif exigeant des revendications politiques précises mais qui n’arrive toujours pas à traduire les grandes marches du vendredi en actions politiques imposant le changement tant envisagé.

Le mois béni qui débute est une période durant laquelle les habitudes des Algériens changent, s’inscrivant dans des journées rythmées par des horaires précis.
Une période peu propice à l’activité politique. Les marches du vendredi, devenues depuis un certain 22 février « la super journée » où les Algériens sortent en masse pour exprimer leur rejet du système, pourraient être difficiles à rééditer durant ce mois. Malgré ces appréhensions, le mouvement populaire qui enflamme, dans le bon sens, l’Algérie ne compte pas enregistrer une pause le temps d’un mois au risque justement de s’essouffler. Il s’agit de garder la flamme incandescente de la revendication du changement jusqu’à obtenir gain de cause. « Le Ramadhan ne pourrait être un obstacle » ont continué à clamer les manifestants.
Durant les derniers vendredis, des slogans et des pancartes annonçaient déjà la couleur : le Hirak continuera résolument sa quête de changement même durant le Ramadhan. Les longues veillées ramadhanesques pourraient ainsi constituer de véritables moments d’expression politique pour les Algériens de tous bords.
Les partis politiques et personnalités comptent rester mobilisés durant ce mois de jeûne malgré les difficultés liées à la conjoncture. L’opposition a décidé de maintenir ses activités politiques et de propositions afin d’accompagner un mouvement de contestation inédit, devenu la nouvelle réalité algérienne. L’impossibilité de l’organisation d’une élection présidentielle le 4 juillet prochain semble visiblement actée tant le discours sur cet important rendez-vous n’est plus de mise.
Des organismes et autres associations comptent bien continuer la mobilisation en usant d’autres formules que la marche et le sit-in. Certains proposent, comme le collectif Nabni, à ce que chaque ville institue un « Espace d’expression populaire libre », où les citoyens seront libres d’exprimer leurs points de vue et d’en débattre. Décréter que les parcours, places ou avenues des manifestations du Hirak dans les villes de plus de 200 000 habitants soient transformées en zones piétonnes le vendredi. Autant de propositions qui ont pour but de maintenir une effervescence durant une période où le rythme de l’action politique est généralement à la baisse. Ce mois sera incontestablement un moment important, voire crucial pour le Hirak, qui devra puiser dans ses ressorts pour continuer une mobilisation pacifique qui a séduit le monde entier. Le mois de Ramadhan restera indubitablement un test grandeur nature sur la santé du mouvement populaire et sa capacité à se pérenniser. A aller de l’avant et à arracher ses revendications pour la construction de la nouvelle Algérie.