Téhéran compte mobiliser tous les moyens possibles pour faire face à la poursuite des sanctions américaines qui «réduisent à zéro» les exportations pétrolières iraniennes, selon le vice-ministre iranien du Pétrole, Amir Hossein Zamani Nia, cité hier par Reuters. Le responsable iranien a ajouté que son pays «surmontera ces sanctions et continuera à vendre son pétrole». Zamani s’est toutefois gardé de donner des détails sur le sujet, se contentant de dire que, certes, l’Iran va continuer à vendre son pétrole, mais à un niveau inférieur à 2,5 millions de barils par jour. Ainsi, l’Iran ne compte pas se laisser faire. Son président, Hassan Rohani, a déclaré, il y a quelques jours, que son pays «continuerait à exporter du pétrole malgré l’interdiction totale que les Etats-Unis s’apprêtent à décréter». On assiste de fait à un bras de fer permanent entre Washington et Téhéran. L’Iran fait face seul à tous les problèmes liés aux sanctions américaines. Même l’Opep, dont il est l’un des principaux membres, ne fait rien d’autre qu’attendre. Mieux, certains de ses membres, l’Arabie saoudite en tête, veulent accaparer la part de marché de l’Iran. Ces pays vont ainsi augmenter leurs productions respectives pour compenser les pertes de production de pétrole iranien. Ils se prêtent à la manœuvre dans un marché où l’offre de l’Opep est en baisse. Cela leur faciliterait un peu la tâche. L’organisation pétrolière a en effet réduit de manière drastique sa production de pétrole en avril dernier. Elle n’a pompé que 30,23 millions de barils par jour en avril, soit une diminution de 90 000 barils par jour, par rapport à mars. On n’a pas vu un niveau de production aussi bas depuis 2015, selon une enquête réalisée par Reuters. Celle-ci suggère que l’Arabie saoudite et ses alliés du Conseil économique du Golfe ont opéré des réductions encore plus importantes que ne le préconisait le dernier accord, conclu, début décembre 2018, à Vienne, entre l’Opep et ses principaux partenaires, dont la fédération de Russie. En faisant ainsi baisser considérablement son offre pétrolière, l’Opep ferait grimper les cours dans une marge de variation assez grande. Hier, le baril de Brent, ou brut de mer du Nord, gravitait autour de 70 dollars à Londres. Stimulé par la restriction de l’offre saoudienne et les restrictions imposées au Venezuela et à l’Iran, les cours du Brent ont atteint 75 dollars, la semaine dernière, un niveau de prix qui paraît raisonnable pour les producteurs, mais pas pour le président américain, Donald Trump. Celui-ci n’est pas en odeur de sainteté auprès de l’organisation pétrolière. Il lui voue une aversion non dissimulée. «Nous protégeons les pays du Moyen-Orient, ils ne seraient pas en sécurité pour très longtemps sans nous, et pourtant, ils continuent à pousser pour des prix du pétrole toujours plus haut ! On s’en souviendra», lançait-il, il y a quelques semaines. Donald Trump a, par ailleurs, recommandé à l’Opep de ne pas soutenir l’Iran face aux sanctions américaines. Ces dernières ont fait que les exportations de brut iranien ont chuté en avril pour atteindre leur plus bas niveau quotidien cette année. Le flux du pétrole iranien risque de baisser davantage, sous l’effet des sanctions contre Téhéran qui ont été reconduites. En effet, le président des Etats-Unis a décidé de mettre fin aux exemptions qui permettaient à huit pays (la Chine, l’Inde, la Turquie, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l’Italie et la Grèce) l’achat de pétrole iranien. Il va ainsi porter à zéro les exportations de brut iranien. Donald Trump a déclaré que ces sanctions sont entrées en vigueur depuis le 1er mai, et que ces pays seront exposés à des sanctions américaines, s’ils continuent d’acheter du pétrole iranien. Il reste cependant qu’une diminution aussi forte du brut iranien devrait provoquer un effet haussier des cours de l’or noir sur les marchés. Ce à quoi Trump est opposé.<