La rivalité régionale opposant l’Iran à l’Arabie saoudite s’invite à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). L’Organisation risque de s’effondrer en raison de démarches unilatérales de certains pays membres, allusion faite à l’Arabie saoudite, estime le ministre iranien du Pétrole, Bijan Zanganeh, cité par l’agence Shana. Ses déclarations font suite aux garanties données par l’Arabie saoudite au président américain, Donald Trump, quant à la possibilité de certains autres membres de l’Opep de parer à une éventuelle défection de l’Iran, conséquemment à la décision de l’administration Trump de durcir les sanctions contre l’Iran. Téhéran y voit une attitude unilatérale de nature à nuire à la cohésion de l’Opep, voire une menace qui pourrait conduire carrément à son effondrement. «J’ai dit au secrétaire général de l’Opep, Mohammad Barkindo, que l’organisation était menacée en raison de démarches unilatérales de certains de ses membres et risque de s’effondrer», a déclaré Bijan Zanganeh, à l’issue de son entretien avec le secrétaire général de l’Opep en visite à Téhéran. Il a averti que «si des membres quelconques de l’Opep proféraient des menaces à l’encontre de l’Iran, celui-ci ne s’y soustrairait pas». « Les pays qui se servent du pétrole comme une arme provoqueront l’effondrement de l’Opep», a affirmé le ministre iranien du Pétrole, dont les propos ont été répercutés par l’agence Shana. Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’Iran était dans la ligne de mire.
L’année dernière, les Etats-Unis se sont retirés unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien et ont réimposé leurs sanctions à Téhéran. Quelques mois seulement après le retrait de son pays de l’accord sur le nucléaire iranien, Donald Trump décide de rétablir les sanctions contre l’Iran dès novembre 2018. Tous les clients de l’Iran étaient interdits de commercer avec ce pays et d’acheter son pétrole, exception faite de huit pays, bénéficiant de dérogations de l’administration Trump, laquelle a mis fin dès le 1er mai dernier aux exemptions qu’ils avaient accordées auparavant aux principaux pays acheteurs de brut iranien, la plupart situés en Asie, et qui leur permettaient de continuer d’importer des volumes limités.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a réagi, en déclarant que l’Iran ne cesserait pas de vendre son pétrole et montrerait aux Etats-Unis qu’on ne pouvait parler avec
Téhéran en recourant à des pressions. Donald Trump, dans
un tweet récent, a assuré avoir discuté avec le prince héritier d’Arabie saoudite sur la nécessité d’augmenter la production de l’Opep pour parer à un quelconque problème d’approvisionnement suite à l’interruption des livraisons iraniennes.
L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial et rival géopolitique de l’Iran, a annoncé être prête à compenser les pertes pour les acheteurs de brut en augmentant ses extractions, tout en restant dans le cadre de l’accord de limitation fixé fin décembre par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs partenaires. Ce qui a fait sortir le président russe, Vladimir Poutine, de ses gonds, considérant qu’une réponse dans l’immédiat aux desideratas de Donald Trump est contraire aux accords conclus le 7 décembre dernier avec l’Opep.
Depuis Pékin, où il était en visite, Vladimir Poutine a dit souhaiter que l’Iran puisse continuer à vendre son pétrole. Depuis fin avril, le marché reste focalisé sur l’Iran et demeure extrêmement volatil. Les cours ont fortement augmenté, flirtant avec les 75 dollars le baril de Brent, avant qu’ils ne chutent fortement la semaine dernière, finissant la semaine à un peu plus de 70 dollars le baril de Brent sur le marché londonien.
La hausse des prix provoquée par l’annulation des exemptions américaines aux clients du pétrole iranien a été aussitôt compensée par les garanties offertes par l’Arabie saoudite ainsi que par la montée des stocks américains, qui sont à leur plus haut depuis 2017.<