En dépit de la reprise du travail, le mouvement de grève dans le secteur minier a engendré une situation économique lourde et des pertes financières «importantes».

De Tébessa, Anaïs T.
Après un mois de grève, les travailleurs des différentes mines de fer de Boukhadra et Ouenza ainsi que la mine de phosphate de Djebel El-Onk (commune de Bir El-Ater) dans la wilaya de Tébessa, connue par sa richesse minière, ont repris le travail en fin de semaine dernière. Un mouvement de protestation lancé depuis un mois par les employés de ces mines pour exiger l’amélioration des conditions de travail, essentiellement l’augmentation des salaires qui, selon eux, ne leur suffisent pas par rapport à la cherté de la vie et ne correspondent pas aux efforts fournis dans leur travail. Le mouvement de grève a engendré une situation économique lourde, des pertes financières «importantes» qui nécessitent la conjugaison des efforts de tout le monde pour rattraper le déficit et regagner la confiance des partenaires internationaux.
Les grèves jugées «illégales» par les responsables de l’Entreprise des mines de fer de l’Est (MFE) ont occasionné des pertes financières importantes estimées à 1 milliard de dinars. Une situation qui a affecté l’activité et l’exploitation des mines de Boukhadra et Ouenza, qui fournissent pas moins de 2,3 millions de tonnes de minerai de fer par an au complexe Sider d’El-Hadjar (Annaba), entraînant son arrêt après l’épuisement des stocks de minerai de fer brut, tout en influant «négativement» sur les besoins de l’industrie lourde locale en la matière.
Près de 70% de l’ensemble des travailleurs des deux mines de fer, les premières et plus importantes à l’échelle nationale, ont lancé un mouvement de protestation réclamant, entre autres, l’amélioration des conditions de travail, l’augmentation du salaire de base, des primes de rendement individuelle et collective, ainsi que les remboursements en cas d’accident de travail par l’assurance sociale.
Une réunion de travail a eu lieu mardi dernier au siège de la wilaya de Tébessa en présence du chef de l’exécutif local, de la direction générale de la MFE, des représentants des sections syndicales des mines de fer de Boukhadra et Ouenza, ainsi que du directeur de l’industrie par intérim, pour étudier la situation et éviter encore plus de pertes et trouver des solutions. Les responsables de la MFE, tout en étant « obligés », ont accepté de verser les salaires du mois d’avril aux travailleurs protestataires et approuvé la prime d’encouragement réclamée par les grévistes.
Déficit de 6 millions
de dollars dans la mine de phosphate de Bir El-Ater
Une situation similaire a été enregistrée dans la mine d’extraction de phosphate à Djebel El-Onek, dans la commune de Bir El-Ater, où les travailleurs du complexe minier de phosphate ont procédé à une grève de 24 jours avec les mêmes revendications.
Les mineurs de cette commune frontalière, qui souffre, selon de jeunes chômeurs, du manque de projets d’investissement et de postes d’emploi, réclamaient essentiellement l’augmentation des salaires et l’attribution des primes. Les manifestants ont exprimé leur mécontentement vis-à-vis de la situation qu’ils vivent dans cette commune située à l’extrême sud de Tébessa, riche en phosphate, rappelant le méga-projet conclu en novembre dernier entre le groupe algérien Asmidal-Manal et le partenaire chinois Cetic pour extraire, transformer et exporter le phosphate et les acides phosphoriques.
La grève, qui a duré 3 semaines, a occasionné un déficit de production de 100 000 tonnes de phosphate brut destiné à l’exportation, dont la valeur dépasse 6 millions de dollars.
Plusieurs séances de conciliation entre la section syndicale et la direction générale de Somiphos ont été organisées dans le but de résoudre cette polémique et reprendre le travail. Le travail a repris après un accord entre les deux parties qui s’engagent à répondre aux exigences des protestataires, d’un côté, et de travailler pour compenser les préjudices, de l’autre.
La reprise du travail permettra ainsi de procéder à l’extraction de 135 000 à 140 000 tonnes de phosphate brut de la mine de Djebel Onk, durant le mois de mai en cours, qui seront exportées via le port de Annaba en direction des marchés internationaux.
Entre réclamer l’amélioration de la situation socio-professionnelle des travailleurs des mines de Tébessa et reprendre le travail pour garantir la production, l’industrie minière affronte des problèmes « importants » parallèlement à la situation politique du pays depuis le 22 février dernier, une situation qui nécessite beaucoup de vigilance.n