Les observateurs de la scène énergétique s’attendaient à la nomination d’un nouveau P-dg à Sonelgaz immédiatement après la désignation de Mohamed Arkab, l’ex-premier responsable de la compagnie nationale d’électricité, comme ministre de l’Energie, le 31 mars 2019. Le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah avait, pourtant, nommé le 23 avril un nouveau P-DG de Sonatrach, après la fin de fonction d’Ould Kaddour, mais pas celui de Sonelgaz. Ainsi, depuis un mois, la compagnie nationale d’électricité est sans premier responsable nommé par décret. «L’actuel P-dg, M. Douida, l’est en tant qu’intérimaire et gère les affaires courantes. Il ne peut prendre de décisions», a confié une source proche de Sonelgaz.
M. Douida était chef de cabinet du P-DG de Sonelgaz, Mohmed Arkab. Cette situation est d’autant plus étonnante que Sonelgaz est le plus grand groupe public après Sonatrach et ne manque pas également de compétences. Cette différenciation avec Sonatrach reste incompréhensible lorsqu’on sait qu’elle assure un service public très sensible qui touche toute la population, à savoir la distribution de l’électricité et du gaz. Sous pression, la compagnie est appelée, du reste, par le mouvement citoyen à une meilleure qualité de service.
L’absence d’un véritable P-DG aux pleins pouvoirs à Sonelgaz depuis plus d’un mois dénote de la qualité de la gouvernance actuelle. A moins d’être rectifiée rapidement, cette omission risque d’avoir des conséquences négatives sur la dynamique de la compagnie. Sonelgaz doit rapidement choisir les entreprises chargées de la réalisation de centrales photovoltaïques prévues dans le cadre de l’appel d’offres pour la production de 200 MW. Elle est appelée également à prévenir les délestages au cours de la saison estivale, période de forte demande en électricité. Confrontée à des défis importants, elle doit accélérer sa contribution au développement des énergies renouvelables, un programme qui connaît un énorme retard, poursuivre sa dynamique partenariale et ses efforts d’intégration. L’autre défi parmi les plus importants est la hausse de la demande en énergie électrique. Cette hausse des besoins nécessite la réalisation annuelle d’une capacité nouvelle de 2 000 MW. Ce qui est énorme. Les besoins en gaz naturel sont estimés par Sonelgaz à 75 milliards de mètres cubes par an en 2030. Si Sonelgaz s’implique davantage dans la politique d’économies d’énergie, des quantités importantes de gaz pourraient être exportées ou préservées pour les générations futures. Et ce n’est pas avec un P-DG intérimaire que Sonelgaz pourra affronter tous ces défis et faire face à court terme à des imprévus et prendre des décisions qui pourraient contribuer plus tard au redressement de l’économie nationale, une fois l’Algérie sortie de l’impasse politique actuelle. L’omission nous fait rappeler également que nous ne sommes pas encore sortis de l’économie rentière où la préoccupation essentielle de nos gouvernants est l’évolution des prix du baril et des revenus pétroliers et non la diversification économique ou, dans notre sujet, la transition énergétique axée sur un modèle énergétique moins carboné.