Le 11e vendredi de la mobilisation populaire contre le régime, marqué notamment par des slogans et autres mots d’ordre hostiles au chef de l’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP) Ahmed Gaïd Salah, amènera-t-il ce dernier à revoir sa copie ?

Jusque-là ménagé par les manifestants, le vice-ministre de la Défense nationale en a pris pour son grade, notamment au vue de son attachement à la tenue de l’élection présidentielle le 4 juillet prochain, alors que les marcheurs sont farouchement opposés à une joute électorale organisée sous le contrôle des institutions et des personnalités décriées par le mouvement populaire.
La réaction du chef de corps d’Armée est ainsi attendue à la fois au sujet de l’option de sortie de crise, articulée sur l’application de l’article 102 de la Constitution, qu’il ne cesse de défendre à chacune de ses visites au niveau des Régions militaires. Sa réaction également en matière de gestion sécuritaire des manifestations, notamment en ce qui concerne les contrôles et autres barrages des forces de sécurité qui empêchent le déplacement des Algériens particulièrement ceux désirant marcher sur Alger, confrontés chaque vendredi à une fermeture des accès principaux. Sans préjuger l’impact d’autres facteurs, la synthèse des deux faits a donné lieu à un traitement moins « khawa-khawa» de la part des manifestants à l’égard de Gaïd Salah de plus en plus critiqué à mesure que les semaines passent et que l’impasse s’installe.
Et cette évolution ne manquerait pas, selon toute vraisemblance, de provoquer l’agacement du chef de l’Etat-major de l’institution militaire dont les déclarations publiques, en lien avec la situation politique du pays, ont été souvent accompagnées par des critiques, parfois acerbes, de la part de certains courants politiques. Ils sont, en effet, plusieurs formations politiques, à l’image du RCD, du PT et du FFS, à ne pas apprécier la présence du chef de l’Armée sur la scène politique ainsi que les messages qu’il distille hebdomadairement.
« Aujourd’hui, le chef d’état-major, désormais président de fait, exige de tout un chacun de se soumettre à un diktat intangible : les instances de l’ancien régime doivent organiser l’élection présidentielle dans les meilleurs délais », a réagi l’ancien chef du RCD, Saïd Sadi, au contenu du dernier discours de Gaïd Salah le 1er mai dans la 5e Région militaire. Estimant que Gaïd Salah « dit une chose et son contraire », Saïd Sadi ajoute que « les appels au dialogue signifient que le système décrié par des millions d’Algériens depuis maintenant deux mois et demi a de beaux jours devant lui ».
Le FFS, pour sa part, a regretté que Gaïd Salah « réitère sa volonté opiniâtre de maintenir, advienne que pourra, une élection présidentielle, en transgressant encore une fois les limites constitutionnelles qui l’empêchent de s’interférer dans les affaires politiques du pays ».
De son côté, le Parti des travailleurs de Louisa Hanoune ne cesse de faire état de sa désapprobation de tout ce qui émane du chef de l’état-major de l’ANP. La première responsable du parti n’a pas manqué d’ailleurs de réagir au dernier appel de Gaïd Salah pour «un dialogue constructif avec l’ensemble des institutions», estimant qu’accepter une telle offre « constitue un grave dérapage». Autrement dit, Gaïd Salah ne manque pas de désaccords et de malentendus avec les partis politiques de l’opposition, notamment en cette conjoncture particulière. Le front du mécontentement qu’il vient d’ouvrir avec le mouvement populaire le mettra davantage dans la gêne. Ce qui le contraindrait à revoir son discours. Et éventuellement son approche pour une solution de crise. En tout état de cause, les prochains jours apporteront des éléments de réponse d’autant que le chef d’état-major était hier en visite dans la 2e Région militaire.<