Une dizaine de jours après le drame qu’a vécu le quartier d’El Mahroussa, les autorités ont lancé, hier, une opération de relogement d’urgence au profit de plus de 200 familles de La Casbah dont les maisons sont menacées d’effondrement.

Le 22 avril dernier, les habitants de l’antique Casbah ont été réveillés par un effroyable bruit. A quelques mètres de la mosquée Ketchaoua, une vieille bâtisse s’est effondrée provoquant la mort de cinq personnes, dont un père de famille, son épouse et ses deux enfants. La colère des habitants du quartier d’El Mahroussa était tellement intense face à cette tragédie qu’ils n’ont pas hésité à chasser violemment des lieux l’ex-wali d’Alger, limogé le soir même du drame, ainsi que le P/APC de La Casbah venus constater les dégâts sur place.
Depuis la mort tragique de leurs voisins, les habitants du quartier, dont les bâtisses sont dans le même état de délabrement, vivent dans la peur et la crainte de mourir sous les décombres.
A la rue Ali-Tamglit, à quelques mètres du lieu du drame, l’état des bâtisses laisse vraiment à désirer. Escaliers branlants et plafonds éventrés.
Malgré leur insalubrité, des familles y logent dans l’attente d’un logement décent. «Nous sommes dans l’attente depuis 15 ans.
Nous sommes vraiment en danger car la bâtisse peut céder à n’importe quel moment. Nul n’est à l’abri de ce qui est arrivé à la famille Maldji. Les autorités locales nous ont longtemps ignoré. ils finiront tous par payer et rendre comptes», a déclaré Karima, une jeune mère de famille.

200 familles relogées d’ici dimanche prochain
Une dizaine de jours après le drame, les autorités se sont enfin décidées à bouger en lançant, hier, une opération de relogement d’urgence au profit de plus de 200 familles de La Casbah dont les maisons sont menacées d’effondrement.
Pour cette première phase, 81 familles résidant dans des habitations classées rouge 5 ont bénéficié de logement dans la commune d’Ouled Fayet, dans la banlieue d’Alger. Il s’agit de la première phase, dans le cadre de la 25e opération de relogement lancée en urgence par les services de la wilaya d’Alger, au profit des habitants des immeubles menaçant ruine.
Les quartiers concernés sont ceux de Bab Djedid (Haute Casbah) et les rues Hocine-Bourahla et Brahim-Hadjout, dans la Basse Casbah. Alors que certains bénéficiaires ont déjà plié bagage, d’autres familles sont dans l’attente.
«Les autorités nous ont informés que nous avons bénéficié d’un logement, mais ils ne nous ont pas encore donné de date pour le déménagement. Nous avons tellement attendu que nous avons fini par perdre espoir et confiance en les autorités locales», a indiqué le jeune Hakim, habitant à proximité de la rue Ahmed-Bouzerina (ex-rue de la Lyre). A ses côtés, el Hadja Malika a déploré que cette opération de relogement intervienne dans ce contexte douloureux. «Il a fallu qu’il y ait mort d’homme pour qu’ils daignent s’intéresser à nous. Aux JT, on voit que des milliards sont consacrés à la rénovation de la Casbah, alors que sur le terrain rien n’est fait. Les autorités ont abandonné La Casbah. C’est avec amertume et le cœur endeuillé que nous allons rejoindre nos nouvelles maisons», a-t-elle dit.

Opération rénovation et contre-expertise
Ziane Mustapha, chef d’études à la Circonscription administrative de Bab El Oued, a indiqué que ce type d’immeubles menaçant ruine connaîtra «le même sort», toutes les bâtisses seront récupérées par le ministère de la Culture aux fins de rénovation. Quant aux immeubles datant de l’ère coloniale, «la majeure partie sera fermée, ensuite soumise à une contre-expertise qui sera menée par les services concernés qui décideront de leur sort», a-t-il précisé. A Dar Sedka, au 5 rue Cheikh El Kinai, mitoyenne de Dar Hassen Pacha, à la Basse Casbah, deux familles habitant les lieux depuis 1962 ont été relogées. Selon les habitants, cette bâtisse à l’architecture ottomane «était destinée à être transformée en musée». Malgré la satisfaction qui s’affichait sur les visages des familles relogées, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’autres se sont plaintes de «la mauvaise évaluation» de l’état de leurs bâtisses, tel que l’immeuble datant de l’ère coloniale au 7 rue Ahmed-Bouzerina et qui a été classé rouge 5 lors du constat réalisé par des représentants de la wilaya et de la daïra.