Véritable problème de santé publique, les CBP
ou cancers broncho-pulmonaires d’origine professionnelle connaissent une augmentation exponentielle à l’échelle mondiale. Dans les pays développés, 5 à 10 % des cancers des voies respiratoires sont d’origine professionnelle. En Algérie, peu d’études nationales ont été menées. Ce qui rend difficile l’évaluation avec exactitude du phénomène qui, pour autant, connaît une augmentation exponentielle.

Un constat établi par des spécialistes, lors d’une rencontre organisée, lundi dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de santé et sécurité au travail organisée au CHU de Tizi-Ouzou. Elle a permis aux participants d’aborder le sujet à travers des communications ayant trait au rôle des acteurs de prévention face aux accidents du travail et maladies professionnelles, aux différents métiers porteurs de risque de maladies ainsi qu’aux moyens de les prévenir. Les études mettent l’accent sur le caractère virulent et la dégénérescence rapide de ces cancers qui sont souvent diagnostiqués en retard et qui sont métastatiques dans une proportion estimée à 75%, au moment du diagnostic. De fait, le pronostic des CBP reste sombre réduisant les chances de survie du patient qui décède cinq ans après le diagnostic (tardif) de la maladie. Selon les données rapportées par le Dr A. Arib-Mezdad du CHU de Tizi Ouzou, le tableau clinique reste marqué par la sous-déclaration, le long délai de latence de ces affections, la perte de vue des patients atteints de ces CBP professionnels après la cessation de l’exposition à l’agent cancérogène. Une étude menée par Dr Tourab en 2001, dans la région d’Annaba, souligne l’importance du rôle de l’exposition professionnelle dans les secteurs de la sidérurgie, la métallurgie et l’agriculture dans la survenue des CBP ; l’exposition à ces agents cancérigènes est souvent associée au tabagisme. La vessie, la prostate, les reins, les poumons, le sang, les organes digestifs sont les cellules les plus exposées à ces affections cancéreuses dues à l’exposition aux agents toxiques en milieu professionnel. Une étude menée à Tizi-Ouzou durant deux années 2016-2018 répertorie les agents toxiques responsables des CBP. Les gaz d’échappements de fumées diesel, les pesticides, les solvants organiques, les fumées de soudage, les vapeurs d’acides, les huiles lubrifiantes, les poussières de bois, les poussières de ciment… sont les principaux agents toxiques responsables dans ces affections cancéreuses. Sur le plan médico-légal, l’exposition aux agents toxiques est réglementée, mais reste incomplète et comporte quelques zones d’ombre. La fiche d’exposition (pour la traçabilité des expositions professionnelles à des cancérogènes : expositions actuelles et passées) dans le dossier médical, n’est imposée qu’en dehors de certaines situations. Dans le cas, par exemple, de l’exposition aux rayonnements ionisants (Arrêté du 10 novembre 2015 Art .7), à l’amiante (Arrêté du 1er octobre 2003) ; Décret exécutif n° 05-08 du 27 du 8 janvier 2005 relatif aux prescriptions particulières applicables aux substances, produits ou préparations dangereuses en milieu de travail. A cela s’ajoute, selon le Pr Arib et son équipe, le contenu imprécis de la surveillance médicale renforcée (SMR) des sujets exposés professionnellement à des agents cancérogènes. Le tabagisme agit parfois comme un facteur multiplicatif du risque relatif à ces expositions professionnelles et rend difficile l’évaluation exacte du rôle joué par les facteurs professionnels, selon le Pr Arib qui met l’accent sur l la prévention et dépistage. Les actions sont menées en direction des salariés ayant été exposés professionnellement à des agents cancérogènes pulmonaires à haut risque des CBP professionnels. Pendant l’exposition, un suivi médical renforcé est mis en place tous les
6 mois. En Algérie, les cancers broncho-pulmonaires sont réparés par sept tableaux de maladies professionnelles indemnisables. Sont répertoriées, les affections provoquées par les rayonnements ionisants, les affections cancéreuses causées par l’acide chromique et les chromates et bichromates alcalins ou alcalinoterreux ainsi que par le chromate de zinc, les AP provoquées par l’arsenic et ses composés minéraux, Tableau n° 30 : affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante, les cancers provoqués par les opérations de grillage des mattes de nickel, les maladies consécutives à l’inhalation de poussières ou de fumées, et enfin, les affections malignes provoquées par le bischlorométhyleéther. Les spécialistes préconisent d’élargir ces tableaux en incluant les autres cancérogènes pulmonaires comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les fumées de soudage, l’exposition aux pesticides, l’exposition aux peintures, l’exposition à certains métaux (aluminium, cadmium, cobalt tungstène….).